funkei:polygone_nucleaire_de_semipalatinsk_aube_bleme

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-===== Polygone nucléaire de Semipalatinsk, aube blême ===== +<!DOCTYPE markdown>
-{{:funkei:trekol.jpg?nolink|}}+
  
-Figure 1. (c)(r) Министерство обороны Российской Федерации, ©Wikimedia Commons - CC-by-3.0+## Polygone nucléaire de Semipalatinskaube blême
  
-<HTML><blockquote> +<html> 
-J’ai embrassé l’aube d’étéRien ne bougeait encore au front des palaisL’eau était morte. Les camps d’ombres ne quittaient pas la route du bois. J’ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes, et les pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit. +<img src="https://radeff.red/shlom/shlom/shlom3-funkei/images/trekol.jpg"
-<br/>— Arthur Rimbaud, Aube +</html
-</blockquote+ 
-</HTML>+_(c), (r) Министерство обороны Российской Федерации, ©Wikimedia Commons - CC-by-3.0_
  
-Maria Sabaka avait passé une mauvaise nuit. Son compagnon avait ronflé tout son alcool, le chauffage étant tombé en panne elle était obligée de rester dans le lit conjugal puant, car c’était la seule pièce où il faisait bon chaud. Prise d’insomnie, elle avait calculé les puissances de deux et s’était arrêtée, comme d’habitude, à 2 puissance 27, soit…​ quelque chose dans les 130 millions. Elle était toujours bloquée là. Comme ele était bloquée dans la vie. 
  
-Elle avait traversé la ville militaire interdite de Kourtchatov, qui avait hérité du nom de l’inventeur de la bombe atomique bolchévique avec son vélo grinçantencore de nuit. Une nuit glaciale. Elle avait déjeuné d’un bouillon gras à l’usine car le frigo était vide à la maisonEt là, dans son bureau, elle pensait qu’à part elle, les deux gardiens et la petite équipe de permanenceils ne devaient pas être plus de six dans l’énorme centrale pourtant presque neuveÀ part peut-être dans le hangar sept, avec l’arrivée des nouveaux //Trekol// plombés, envoyés par le commandeur suprême, pour la poursuite de la conquête du nord.+Maria Sabaka avait passé une mauvaise nuit. Son compagnon avait ronflé tout son alcoolle chauffage étant tombé en panne elle était obligée de rester dans le lit conjugal puant, car c'était la seule pièce où il faisait bon chaudPrise d'insomnie, elle avait calculé les puissances de deux et s'était arrêtéecomme d'habitude, à 2 puissance 27, soit... quelque chose dans les 130 millionsElle était toujours bloquée là.
  
-Elle soupira. Pensant à sa fulgurante carrière, de fille de paysans sibériens à directrice de centraleEt à la lente et morne stagnation qui avait suiviTant d’années déjà…​+Elle avait traversé la ville militaire interdite de Kourtchatovqui avait hérité du nom de l'inventeur de la bombe atomique bolchévique avec son vélo grinçant, encore de nuitUne nuit glaciale. Elle avait déjeuné d'un bouillon gras à l'usine car le frigo était vide à la maison. Et là, dans son bureau, elle pensait qu'à part elle, les deux gardiens et la petite équipe de permanence, ils ne devaient pas être plus de six dans l'énorme centrale pourtant presque neuve. À part peut-être dans le hangar sept, avec l'arrivée des nouveaux _Trekol_ plombés, envoyés par le commandeur suprême, pour la poursuite de la conquête du nord.
  
 Elle sentit avant de voir des tremblements. Comme des pas, gigantesques. Et rapides. Par la fenêtre sale, elle vit passer un truc. Une ombre. Elle sentit avant de voir des tremblements. Comme des pas, gigantesques. Et rapides. Par la fenêtre sale, elle vit passer un truc. Une ombre.
  
-Énorme, lombre.+Énorme, l'ombre.
  
-Elle se frotta les yeux. Cétait son mari qui picolait, et elle qui avait des hallucinations.+Elle se frotta les yeux. C'était son mari qui picolait, et elle qui avait des hallucinations.
  
 Elle se saisit du combiné téléphonique. Appela la sécurité, en composant le 1818. Elle se saisit du combiné téléphonique. Appela la sécurité, en composant le 1818.
  
-– 1817, le téléphone rose vous écoute. Tout pour vos fantasmes, tout! Pour joindre Gina Grololov, taper le "un". Pour joindre Rotchkoo Siphreddiov, taper le "deux". Pour…​+– 1817, le téléphone rose vous écoute. Tout pour vos fantasmes, tout! Pour joindre Gina Grololov, taper le "un". Pour joindre Rotchkoo Siphreddiov, taper le "deux". Pour...
  
-Maria raccrocha. Merde. Le 1817. Elle recomposa: 1818. Le combicom se mit à sonner à lautre bout du polygone.+Maria raccrocha. Merde. Le 1817. Elle recomposa: 1818. Le combicom se mit à sonner à l'autre bout du polygone.
  
 – Sécurité, Douraki Dourakovitch, à votre service, Maria Gavgavovnaa. Que puis-je pour vous en cette rieuse matinée? – Sécurité, Douraki Dourakovitch, à votre service, Maria Gavgavovnaa. Que puis-je pour vous en cette rieuse matinée?
  
-Douraki. Une vraie veine. Elle était tombée sur la lumière, non, léminence grise du polygone. Lui, ce n’était pas dans la marmite de potion magique qu’il était tombé enfant, mais dans une mare de profonde bêtise.+Douraki. Une vraie veine. Elle était tombée sur la lumière, non, l'éminence grise du polygone.
  
-Une nouvelle fois, elle soupira.+– Chertrès cher Douraki. Merci, je vais bien, même si je ne qualifierais pas cette matinée de "rieuse". Je dirais même qu'elle est particulièrement morne.
  
-– Cher, très cher Douraki. Merci, je vais bien, même si je ne qualifierais pas cette matinée de "rieuse". Je dirais même qu’elle est particulièrement morne. +– Quelle joie de vous entendre! Et effectivement, vous n'avez pas tort, cette journée est un peu morne, voire grise, mais je suis adepte de la méthode Couétovitch, vous savez: on se dit que ça va, que ça va même bien, fort bien, et ça va _effectivement_ mieux, et...
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-– Quelle joie de vous entendre! Et effectivement, vous navez pas tort, cette journée est un peu morne, voire grise, mais je suis adepte de la méthode Couétovitch, vous savez: on se dit que ça va, que ça va même bien, fort bien, et ça va //effectivement// mieux, et…​+
  
 – Au risque de vous couper, cher, très cher Douraki: on ne vous a pas signalé un truc bizarre? – Au risque de vous couper, cher, très cher Douraki: on ne vous a pas signalé un truc bizarre?
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 – Au polygone? – Au polygone?
  
-– Oui. Au polygone. Ici. Là. À lendroit où vous travaillez. Enfin, où vous êtes //censé// travailler.+– Oui. Au polygone. Ici. Là. À l'endroit où vous travaillez. Enfin, où vous êtes _censé_ travailler.
  
-– Non. Ah mais tiens, jai lappel rouge qui couine. Une urgence. Puis-je, chère, très chère Maria Gavgavovna, y répondre?+– Non. Ah mais tiens, j'ai l'appel rouge qui couine. Une urgence. Puis-je, chère, très chère Maria Gavgavovna, y répondre?
  
-– Évidemment. Cest une urgence.+– Évidemment. C'est une urgence.
  
-– Non, je vous demandais cela, car je ne veux pas vous froisser, après tout, vous êtes ma supérieure hiérarchique, que dis-je, la plus haut gradée du polygone et je…​+– Non, je vous demandais cela, car je ne veux pas vous froisser, après tout, vous êtes ma supérieure hiérarchique, que dis-je, la plus haut gradée du polygone et je...
  
 – Vous allez répondre à cet appel. Douraki. Maintenant. Et gardez-moi en ligne. – Vous allez répondre à cet appel. Douraki. Maintenant. Et gardez-moi en ligne.
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 – Ouh mais alors, ça va être difficile. – Ouh mais alors, ça va être difficile.
  
-– Quest-ce qui va être difficile?+– Qu'est-ce qui va être difficile?
  
-– De répondre à ce nouvel appel tout en vous gardant en ligne. Je veux dire, il va sans doute falloir que je //réponde// à cet appel, je veux dire, //parler//, et vous risquez de…​+– De répondre à ce nouvel appel tout en vous gardant en ligne. Je veux dire, il va sans doute falloir que je _réponde_ à cet appel, je veux dire, _parler_, et vous risquez de...
  
-– Bon dieu de b…​ de m…​! Vous allez prendre cet appel durgence, ou je vous envoie en Sibérie!+– Bon dieu de b... de m...! Vous allez prendre cet appel d'urgence, ou je vous envoie en Sibérie!
  
-– Jy suis déjà, en Sibérie, mais bon…​.+– J'y suis déjà, en Sibérie, mais bon....
  
 On entendit un "cloc!". Puis, à nouveau, la mélodieuse voix de contralto de Douraki. On entendit un "cloc!". Puis, à nouveau, la mélodieuse voix de contralto de Douraki.
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 – Allo, ici le service de sécurité, Douraki Dourakovitch, à votre service. Que puis-je pour vous en cette rieuse matinée? – Allo, ici le service de sécurité, Douraki Dourakovitch, à votre service. Que puis-je pour vous en cette rieuse matinée?
  
-– …​+...
  
 – Comment donc? – Comment donc?
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 Une voix se fit entendre. Une voix se fit entendre.
  
-– […​(inaudible)…​…​ et le hangar sept a été aplati, avec tous les //Trekol//, et le personnel.+– [...(inaudible)...... et le hangar sept a été aplati, avec tous les _Trekol_, et le personnel.
  
-– Mon dieu! Les //Trekol//! Aplatis! Les pauvres.+– Mon dieu! Les _Trekol_! Aplatis! Les pauvres.
  
 – Oui. Avec le personnel. – Oui. Avec le personnel.
  
-– Ah oui, pauvre personnel. Aussi. Mais moins cher à remplacer que les //Trekol//.+– Ah oui, pauvre personnel. Aussi. Mais moins cher à remplacer que les _Trekol_.
  
-– Effectivement, moins cher à remplacer. Mais bon cest ennuyeux quand même. Quand la direction apprendra…​ Je vais me faire remonter les bretelles. Pourtant, je nen ai pas, depuis longtemps déjà je privilégie la ceinture, elle met en valeur ma taille de guêpe et…​+– Effectivement, moins cher à remplacer. Mais bon c'est ennuyeux quand même. Quand la direction apprendra... Je vais me faire remonter les bretelles. Pourtant, je n'en ai pas, depuis longtemps déjà je privilégie la ceinture, elle met en valeur ma taille de guêpe et...
  
 – La direction a tout entendu!, hurla Maria Sabaka. Ici, Maria Sabaka. Vous étiez sur haut-parleur. Merci de décliner votre identité. – La direction a tout entendu!, hurla Maria Sabaka. Ici, Maria Sabaka. Vous étiez sur haut-parleur. Merci de décliner votre identité.
  
-– Alors ça…​ Cela nest pas honnête! On se croirait revenu aux temps des écoutes clandestines, enfin…​+– Alors ça... Cela n'est pas honnête! On se croirait revenu aux temps des écoutes clandestines, enfin...
  
 – Taisez-vous. Enfin non: déclinez votre identité. – Taisez-vous. Enfin non: déclinez votre identité.
  
-– Donaldov Duckoff. Manutentionnaire aux //Trekol//. Pour vous servir, Maria Gavgavovna. À vos ordres, Maria Gavgavovna. Mes respects, Madame la directrice Sabaka.+– Donaldov Duckoff. Manutentionnaire aux _Trekol_. Pour vous servir, Maria Gavgavovna. À vos ordres, Maria Gavgavovna. Mes respects, Madame la directrice Sabaka.
  
-Maria Sabaka aurait pu jurer avoir entendu les talons de Donaldov claquer. Elle ne le connaissait pas, mais se limaginait encore plus stupide que Douraki.+Maria Sabaka aurait pu jurer avoir entendu les talons de Donaldov claquer. Elle ne le connaissait pas, mais se l'imaginait encore plus stupide que Douraki.
  
-Si cétait possible.+Si c'était possible.
  
-– Bon. Écoutez attentivement, tous les deux. On va faire comme ça. On va prétendre quune grosse météorite est tombée du ciel et a écrasé le hangar. Cest ce que je vais mettre dans mon rapport. Surtout, pas de vagues.+– Bon. Écoutez attentivement, tous les deux. On va faire comme ça. On va prétendre qu'une grosse météorite est tombée du ciel et a écrasé le hangar. C'est ce que je vais mettre dans mon rapport. Surtout, pas de vagues.
  
 – Ah mais quelle excellente idée! Une météorite! Bien sûr! – Ah mais quelle excellente idée! Une météorite! Bien sûr!
  
-– Comment ny ai-je pas pensé moi-même. Vous êtes géniale, Maria Gavgavovna. Faites le rapport, nous le co-signerons. Surtout, pas de vague.+– Comment n'y ai-je pas pensé moi-même. Vous êtes géniale, Maria Gavgavovna. Faites le rapport, nous le co-signerons. Surtout, pas de vague.
  
-– Et oui, pas de vagues, dautant que les //Trekol// de Vladi aplatis comme de vulgaires //blinis//, ça ferait pas des vagues, mais carrément un tsunami! Ho! Ho!+– Et oui, pas de vagues, d'autant que les _Trekol_ de Vladi aplatis comme de vulgaires _blinis_, ça ferait pas des vagues, mais carrément un tsunami! Ho! Ho!
  
-– Ha! Ha! Excellente celle-là, cher Donaldov et…​+– Ha! Ha! Excellente celle-là, cher Donaldov et...
  
-Maria raccrocha sans //salamalec// et sortit un formulaire papier de type KZ-1943, ainsi quun crayon réglementaire. Alors quelle fulminait, à la recherche dun taille-crayon, car la mine du crayon réglementaire était cassée, elle vit une grosse ombre recouvrir la sinistre baie vitrée.+Maria raccrocha sans _salamalec_ et sortit un formulaire papier de type KZ-1943, ainsi qu'un crayon réglementaire. Alors qu'elle fulminait, à la recherche d'un taille-crayon, car la mine du crayon réglementaire était cassée, elle vit une grosse ombre recouvrir la sinistre baie vitrée.
  
 Et fut écrasée, comme le hangar numéro sept. Et fut écrasée, comme le hangar numéro sept.
  
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  • Dernière modification : 2022/10/26 17:39
  • de radeff