gaz:bains_thermaux

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 « Quand je songe, mon cœur s’allonge comme une éponge que l’on plonge dans un gouffre plein de soufre où l’on souffre de tourments si grands si grands si grands que… Quand je songe, mon cœur s’allonge.… etc. » « Quand je songe, mon cœur s’allonge comme une éponge que l’on plonge dans un gouffre plein de soufre où l’on souffre de tourments si grands si grands si grands que… Quand je songe, mon cœur s’allonge.… etc. »
 +<p>— Anonyme, poésie surréaliste</p>
 </blockquote></HTML> </blockquote></HTML>
-— Anonyme\\ 
-poésie surréaliste 
  
-Après avoir âprement marchandé sa place à Tripoli, il fallut à Shlom trois jours d’un rude voyage pour rejoindre le cœur du Tibesti tchadien. Un bus solaire tout-terrain l’avait amené au bout du goudron, mais pas au bout de la route, à 800 kilomètres au sud de la capitale de la Tripolitaine. Dans la mythique Sabha, il ne vit point de reine, sinon mendiante, en guenilles, quémandant quelques crédits pour sa sébile. //La ville s’endormait, on en oubliait le nom//.+Grâce au combicom et au GPS, Shlom avait pu localiser sa proie, partie pour le désert. Après avoir âprement marchandé sa place à Tripoli, il fallut encore à Shlom trois jours d’un rude voyage pour rejoindre le cœur du Tibesti tchadien. Un bus solaire tout-terrain l’avait amené au bout du goudron, mais pas au bout de la route, à 800 kilomètres au sud de la capitale de la Tripolitaine. Dans la mythique Sabha, il ne vit point de reine, sinon mendiante, en guenilles, quémandant quelques crédits pour sa sébile. La ville s’endormait, on en oubliait le nom((Jacques Brel, Les Marquises, 1977)).
  
 Depuis l’épuisement total des ressources pétrolières du Maghreb, dans les années ’20, cette portion du désert n’était plus sur aucune route. La découverte d’uranium exploitable dans la bande d’Aouzou avait fait long feu, la production étant largement insuffisante pour justifier la construction d’une route énergivore, les dirigeables solaires étant largement suffisants à écouler les quelques tonnes de minerai produites annuellement, qui n’avaient généré pratiquement aucun emploi dans la région, sinon quelques prostituées pour les rares mineurs, qui provenaient essentiellement de zones sinistrées du Nord / Pas-de-Calais ou des Cornouailles. Depuis l’épuisement total des ressources pétrolières du Maghreb, dans les années ’20, cette portion du désert n’était plus sur aucune route. La découverte d’uranium exploitable dans la bande d’Aouzou avait fait long feu, la production étant largement insuffisante pour justifier la construction d’une route énergivore, les dirigeables solaires étant largement suffisants à écouler les quelques tonnes de minerai produites annuellement, qui n’avaient généré pratiquement aucun emploi dans la région, sinon quelques prostituées pour les rares mineurs, qui provenaient essentiellement de zones sinistrées du Nord / Pas-de-Calais ou des Cornouailles.
  
-À Sabha, les habitants désœuvrés jouaient toute la journée seuls, sur leurs combicoms, enfermés, aliénés, désespérés. Le tableau était lugubre. À partir de là, c’était la fin du goudron et le début de l’aventure. Pour pallier les maigres ressources du moteur électrique à énergie solaire du vieux bus Tata, les passagers étaient fréquemment priés, de manière insistante et pas du tout polie, à fournir leur obole énergétique de bras et de mollets et même les vieilles et les vieux étaient regardés de travers lorsque le calibreur <sup>[[[#_footnotedef_4|4]]]</sup> les éclairait, dénonçant leur manque de rendement. L’individualisme, l’égoïsme occidental avait malheureusement traversé la Méditerranée, mais on restait en Afrique et Shlom ne vit pas de ces pénibles scènes si coutumières au nord, où de pauvres vieux trop peu performants se voyaient débarqués dans un froid glacial par les autres passagers excédés et peu solidaires. Chacun semblait alors oublier que vieux, il serait un jour.+À Sabha, les habitants désœuvrés jouaient toute la journée seuls, sur leurs combicoms, enfermés, aliénés, désespérés. Le tableau était lugubre. À partir de là, c’était la fin du goudron et le début de l’aventure. Pour pallier les maigres ressources du moteur électrique à énergie solaire du vieux bus Tata, les passagers étaient fréquemment priés, de manière insistante et pas du tout polie, à fournir leur obole énergétique de bras et de mollets et même les vieilles et les vieux étaient regardés de travers lorsque le calibreur((Calibreur: système expert mesurant l’effort fourni par des utilisateurs d’un VEH – véhicule à énergie humanoïde)) les éclairait, dénonçant leur manque de rendement. L’individualisme, l’égoïsme occidental avait malheureusement traversé la Méditerranée, mais on restait en Afrique et Shlom ne vit pas de ces pénibles scènes si coutumières au nord, où de pauvres vieux trop peu performants se voyaient débarqués dans un froid glacial par les autres passagers excédés et peu solidaires. Chacun semblait alors oublier que vieux, il serait un jour.
  
 C’était dur: assez rapidement au sud de Sabha, après un reg déjà difficile, on traversait une ramification du grand erg oriental et il fallait fournir une énorme énergie pour franchir le sable. Le conducteur était doué, mais il ne put éviter l’ensablement à plusieurs reprises, il fallait alors sortir du bus, sortir les plaques à sable, pousser, remonter et recommencer. À cause des mines qui restaient du conflit pour la bande d’Aouzou, il ne fallait pas s’écarter de la piste, et on ne pouvait pas contourner les dunes qui s’y formaient parfois. Peu après, cela devenait plus difficile encore: sitôt franchie l’ancienne frontière tchadienne, la route était tout sauf plate. On abordait rapidement les contreforts du Tibesti et l’accès à la passe de Korizo en avait fait suer plus d’un. L’odeur de transpiration était intense, c’était pire que le vestiaire d’un club de boxe. Pour des raisons pratiques liées à l’airship-port de Toussidé, la route obliquait ensuite au nord-ouest entre la stratovolcan du pic de Toussidé qui culminait à plus de trois mille mètres et n’émettait plus que de rares fumerolles sporadiques, et au sud le Trou au Natron, qui étendait son triste contenu salé sur près de quarante kilomètres carrés, dans une caldeira d’une profondeur avoisinant un kilomètre. C’était dur: assez rapidement au sud de Sabha, après un reg déjà difficile, on traversait une ramification du grand erg oriental et il fallait fournir une énorme énergie pour franchir le sable. Le conducteur était doué, mais il ne put éviter l’ensablement à plusieurs reprises, il fallait alors sortir du bus, sortir les plaques à sable, pousser, remonter et recommencer. À cause des mines qui restaient du conflit pour la bande d’Aouzou, il ne fallait pas s’écarter de la piste, et on ne pouvait pas contourner les dunes qui s’y formaient parfois. Peu après, cela devenait plus difficile encore: sitôt franchie l’ancienne frontière tchadienne, la route était tout sauf plate. On abordait rapidement les contreforts du Tibesti et l’accès à la passe de Korizo en avait fait suer plus d’un. L’odeur de transpiration était intense, c’était pire que le vestiaire d’un club de boxe. Pour des raisons pratiques liées à l’airship-port de Toussidé, la route obliquait ensuite au nord-ouest entre la stratovolcan du pic de Toussidé qui culminait à plus de trois mille mètres et n’émettait plus que de rares fumerolles sporadiques, et au sud le Trou au Natron, qui étendait son triste contenu salé sur près de quarante kilomètres carrés, dans une caldeira d’une profondeur avoisinant un kilomètre.
  
-C’était certes beau, mais parmi les passagers exténués du poussif Tata, personne, à l’exception de Shlom, ne leva la tête, et encore ce dernier ne jeta qu’un rapide coup d’œil pour se replonger sur l’écran qui mesurait son effort. Comme le bus s’arrêtait près du pied du pic Toussidé, les passagers harassés descendirent tous. On voyait encore l’ancienne route militaire partiellement goudronnée qui partait au nord-est, en direction de la petite ville de Bardaï, rendue célèbre au siècle passé par l’affaire Claustre, aujourd’hui encore plus endormie que Sabha. Cette route continuait ensuite vers la bande d’Aouzou et sa petite mine d’uranium.+C’était certes beau, mais parmi les passagers exténués du poussif Tata, personne, à l’exception de Shlom, ne leva la tête, et encore ce dernier ne jeta qu’un rapide coup d’œil pour se replonger sur l’écran qui mesurait son effort. Comme le bus s’arrêtait près du pied du pic Toussidé, les passagers harassés descendirent tous. On voyait encore l’ancienne route militaire partiellement goudronnée qui partait au nord-est, en direction de la petite ville de Bardaï, rendue célèbre au siècle passé par l’affaire Claustre((L’affaire Claustre, du nom de l’ethno-archéologue enlevée en 1974 puis détenue pendant plus de mille jours par des rebelles tchadiens.)), aujourd’hui encore plus endormie que Sabha. Cette route continuait ensuite vers la bande d’Aouzou et sa petite mine d’uranium.
  
 L’espion GPS indiquait à Shlom qu’Hubert était parti pratiquement plein sud, en direction de Soborum. Hannah lui fournit des informations complémentaires et lui suggéra de trouver un moyen de transport aérien: par voie terrestre, il lui faudrait en effet faire un sacré détour, en remontant jusqu’à Bardaï puis en obliquant pour remonter une formidable vallée aux falaises impressionnantes, sans nul doute magnifique mais éreintante et fort longue. Shlom n’étant pas là pour faire du tourisme, il chercha un appareil. Empoignant son sac de marin, il tomba sur un Toubou, qui s’était ingénieusement installé un hamac dans la structure de son gyroptère et qui se redressa à l’approche de Shlom. Décelant le client, le Toubou s’éclaira d’un magnifique sourire qui fit apparaître ses dents limées et pointues. Comme Hannah lui avait envoyé un petit vocabulaire Tedaga - Shlom eut la surprise de voir que cette langue, parlée par un petit groupe humaine d’un peu plus d’une dizaine de milliers de personnes, avait fait l’objet d’étude d’un linguiste moscovite en 1998 -, Shlom chercha à impressionner le Toubou en commençant par une salutation. Le Toubou éclata si fort de rire qu’il en chut de son hamac, et Shlom comprit qu’il avait sans doute raté son entrée en matière. Le Toubou se présenta: L’espion GPS indiquait à Shlom qu’Hubert était parti pratiquement plein sud, en direction de Soborum. Hannah lui fournit des informations complémentaires et lui suggéra de trouver un moyen de transport aérien: par voie terrestre, il lui faudrait en effet faire un sacré détour, en remontant jusqu’à Bardaï puis en obliquant pour remonter une formidable vallée aux falaises impressionnantes, sans nul doute magnifique mais éreintante et fort longue. Shlom n’étant pas là pour faire du tourisme, il chercha un appareil. Empoignant son sac de marin, il tomba sur un Toubou, qui s’était ingénieusement installé un hamac dans la structure de son gyroptère et qui se redressa à l’approche de Shlom. Décelant le client, le Toubou s’éclaira d’un magnifique sourire qui fit apparaître ses dents limées et pointues. Comme Hannah lui avait envoyé un petit vocabulaire Tedaga - Shlom eut la surprise de voir que cette langue, parlée par un petit groupe humaine d’un peu plus d’une dizaine de milliers de personnes, avait fait l’objet d’étude d’un linguiste moscovite en 1998 -, Shlom chercha à impressionner le Toubou en commençant par une salutation. Le Toubou éclata si fort de rire qu’il en chut de son hamac, et Shlom comprit qu’il avait sans doute raté son entrée en matière. Le Toubou se présenta:
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 {{:gaz:gyroptere-monocoptere-01-870x547.jpg?nolink|}} {{:gaz:gyroptere-monocoptere-01-870x547.jpg?nolink|}}
  
-//http://www.laboiteverte.fr/gyroptere///+http://www.laboiteverte.fr/gyroptere/
  
  
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 – OK. 3h43 minutes. On est arrivés. Bonne performance. – OK. 3h43 minutes. On est arrivés. Bonne performance.
  
-Shlom descendit du gyroptère avec raideur. Ces journées d’effort commençaient à se faire sentir, même pour un dur à cuire. À côté du gyroptère de Hakim, on pouvait voir un Homer <sup>[[[#_footnotedef_5|5]]]</sup>, aussi disgracieux que monstrueux. Shlom croyait que ce type d’appareil avait totalement disparu après les deux ou trois prototypes des années ’60 et ’70 du siècle passé, mais force était de constater qu’il existait un exemplaire relativement récent de ce mastodonte absurde.+Shlom descendit du gyroptère avec raideur. Ces journées d’effort commençaient à se faire sentir, même pour un dur à cuire. À côté du gyroptère de Hakim, on pouvait voir un Homer((Homer: Миль 12, Московский вертолетный завод, très gros hélicoptère soviétique)), aussi disgracieux que monstrueux. Shlom croyait que ce type d’appareil avait totalement disparu après les deux ou trois prototypes des années ’60 et ’70 du siècle passé, mais force était de constater qu’il existait un exemplaire relativement récent de ce mastodonte absurde. 
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 +//Миль 12, Московский вертолетный завод им. М. Л. Миля 12 © Wikimedia Commons - CC-by-3.0//
  
 Lourd, lent, d’une faible autonomie, d’un plafond limité et d’une consommation ahurissante, il était tout à fait étonnant d’imaginer que pareil appareil puisse encore être utilisé dans un monde où le pétrole était devenu si rare. Souhaitant rester discret, Shlom arrangea un petit « supplemento » avec Hakim pour planquer le gyroptère un peu plus loin. Connues des Romains, les sources thermales de Soborum constituaient depuis des siècles le remède miracle pour les pieds fatigués des Toubous, puis des légionnaires. Shlom se réjouissait d’y détendre ses petits petons perclus de fatigue et de crampes. Shlom se dirigea prudemment vers les solfatares de Soborum. Lourd, lent, d’une faible autonomie, d’un plafond limité et d’une consommation ahurissante, il était tout à fait étonnant d’imaginer que pareil appareil puisse encore être utilisé dans un monde où le pétrole était devenu si rare. Souhaitant rester discret, Shlom arrangea un petit « supplemento » avec Hakim pour planquer le gyroptère un peu plus loin. Connues des Romains, les sources thermales de Soborum constituaient depuis des siècles le remède miracle pour les pieds fatigués des Toubous, puis des légionnaires. Shlom se réjouissait d’y détendre ses petits petons perclus de fatigue et de crampes. Shlom se dirigea prudemment vers les solfatares de Soborum.
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 Il prépara un café infâme à Shlom, qui fut très étonné du goût, alors qu’il avait bien observé la préparation puis reniflé le café, un peu fort mais de qualité. Hakim, sans un mot, lui montra la cafetière. Shlom regarda mieux et vit une mauvaise copie chinoise de Bialetti, illusoire contrefaçon. Il prépara un café infâme à Shlom, qui fut très étonné du goût, alors qu’il avait bien observé la préparation puis reniflé le café, un peu fort mais de qualité. Hakim, sans un mot, lui montra la cafetière. Shlom regarda mieux et vit une mauvaise copie chinoise de Bialetti, illusoire contrefaçon.
  
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  • Dernière modification : 2022/10/24 16:09
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