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 ===== Hamid ===== ===== Hamid =====
  
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 Et Hamid frappa cruellement Shlom au visage. Shlom se remémora soudainement ce visage. L’été 1994, il avait fait la une de tous les magasines. En plein génocide rwandais, cet anonyme Totsi avait représenté la cruauté de ce massacre, visage balafré par les coups de machette, miraculeusement rescapé. Et des dizaines d’années plus tard, il était devant lui. L’air pas drôle. Quand à cet étrange nom…​ Il ne parvenait pas à le remettre, il était sûr qu’il ne collait pas du tout au Bantou qui lui faisait face. Et Hamid frappa cruellement Shlom au visage. Shlom se remémora soudainement ce visage. L’été 1994, il avait fait la une de tous les magasines. En plein génocide rwandais, cet anonyme Totsi avait représenté la cruauté de ce massacre, visage balafré par les coups de machette, miraculeusement rescapé. Et des dizaines d’années plus tard, il était devant lui. L’air pas drôle. Quand à cet étrange nom…​ Il ne parvenait pas à le remettre, il était sûr qu’il ne collait pas du tout au Bantou qui lui faisait face.
  
-– Muraho. Amakuru.+– Muraho((En ikinyarwanda: "Bonjour, comment va?")). Amakuru((Toujours en  ikinyarwanda: "Bonjour")).
  
 Hamid souleva un sourcil, étonné. Il frappa à nouveau Shlom, et répondit simplement « ni amahoro ». Le deuxième coup était nettement plus violent. Et Shlom se rappela alors. Vers la fin du XIXe siècle, le sultan Abdul Hamid II avait organisé de vastes massacres d’Arméniens et d’Assyriens dans l’empire ottoman, se soldant par près d’un demi-million de morts, prélude aux grands génocides du XXe siècle. Hamid souleva un sourcil, étonné. Il frappa à nouveau Shlom, et répondit simplement « ni amahoro ». Le deuxième coup était nettement plus violent. Et Shlom se rappela alors. Vers la fin du XIXe siècle, le sultan Abdul Hamid II avait organisé de vastes massacres d’Arméniens et d’Assyriens dans l’empire ottoman, se soldant par près d’un demi-million de morts, prélude aux grands génocides du XXe siècle.
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 – Bien. Je te dois une explication. – Bien. Je te dois une explication.
  
-– « Ndashaka amazi » <sup>[[[#_footnotedef_3|3]]]</sup>, répondit Shlom, qui avait de bon souvenirs de kinyarwandais.+– « Ndashaka amazi »((Ndashaka amazi: "je voudrais de l’eau")), répondit Shlom, qui avait de bon souvenirs de kinyarwandais.
  
 – D’accord. Hamid claqua de la langue, et un homme apparut. – D’accord. Hamid claqua de la langue, et un homme apparut.
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 – Or donc, je me réveillais il y a quelques décennies dans un bain de sang, recouvert de cadavres frais. Mes amis. Toute ma famille. Et moi, me mourant. Nos assassins étaient partis et la nuit était tombée, ils m’avaient laissé pour mort. Je souffre depuis d’un cauchemar récurrent. Je ne valais guère mieux que les morts. Mes blessures étaient sérieuses. Je parvins à me faire un pansement sommaire avec des habits et à me dégager du charnier, bras après bras, fesse après fesse, morceau de cervelle après tripe. C’était sanglant. Très. – Or donc, je me réveillais il y a quelques décennies dans un bain de sang, recouvert de cadavres frais. Mes amis. Toute ma famille. Et moi, me mourant. Nos assassins étaient partis et la nuit était tombée, ils m’avaient laissé pour mort. Je souffre depuis d’un cauchemar récurrent. Je ne valais guère mieux que les morts. Mes blessures étaient sérieuses. Je parvins à me faire un pansement sommaire avec des habits et à me dégager du charnier, bras après bras, fesse après fesse, morceau de cervelle après tripe. C’était sanglant. Très.
  
-Je me soignais avec des herbes, ma mère m’ayant transmis les secrets des plantes, je me cachais, et parvins à rejoindre les troupes du FPR près de la frontière ougandaise, après avoir faussé compagnie aux soldats de l’opération turquoise, qui m’avaient recueilli et soigné, avec quelques milliers d’autres rares rescapés du génocide Hutu. Un reporter m’avait remarqué dans le camp et avait pris le cliché qui m’a valu une renommé mondiale, anonyme et peu payante. Au sein du FPR, je me suis très vite distingué par ma violence bestiale. Je n’avais plus personne pour retenir mes passions, et la vengeance était ma seule amie. Même mes camarades de combats, qui n’étaient pas des tendres, avaient peur de moi. Seuls mes cauchemars pouvaient encore me faire peur.+Je me soignais avec des herbes, ma mère m’ayant transmis les secrets des plantes, je me cachais, et parvins à rejoindre les troupes du FPR près de la frontière ougandaise, après avoir faussé compagnie aux soldats de l’opération turquoise, qui m’avaient recueilli et soigné, avec quelques milliers d’autres rares rescapés du génocide Hutu. Un reporter m’avait remarqué dans le camp et avait pris le cliché qui m’a valu une renommé mondiale((Photo de James Nachtwey, 1994.)), anonyme et peu payante. Au sein du FPR((Le FPR est un parti politique fondé en Ouganda par les exilés tutsis du Rwanda.)), je me suis très vite distingué par ma violence bestiale. Je n’avais plus personne pour retenir mes passions, et la vengeance était ma seule amie. Même mes camarades de combats, qui n’étaient pas des tendres, avaient peur de moi. Seuls mes cauchemars pouvaient encore me faire peur.
  
 – Et ce nom de guerre? – Et ce nom de guerre?
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 Le gardien qui lui avait amené la carafe posa ses mains sur les barreaux de la porte de la cellule, cherchant à voir dans l’obscurité. Ne distinguant rien et persuadé que son prisonnier était toujours solidement ligoté sur sa chaise, il ouvrit la porte. Shlom lui sauta dessus et lui trancha la carotide d’un coup précis et vif, évitant de façon experte le jet de sang artériel. Il le déshabilla et revêtit son uniforme, en tâchant de le garder le plus propre possible. La chèche du gardien était miraculeusement immaculée, et il l’utilisa pour se masquer le visage, recouvrant de poussière les parties visibles, il pouvait passer pour un maghrébin, avec sa gueule de métèque. Se faufilant rapidement dans les couloirs, il trouva en quelques minutes une issue et se retrouva dans une ruelle sombre. Il était libre. Le gardien qui lui avait amené la carafe posa ses mains sur les barreaux de la porte de la cellule, cherchant à voir dans l’obscurité. Ne distinguant rien et persuadé que son prisonnier était toujours solidement ligoté sur sa chaise, il ouvrit la porte. Shlom lui sauta dessus et lui trancha la carotide d’un coup précis et vif, évitant de façon experte le jet de sang artériel. Il le déshabilla et revêtit son uniforme, en tâchant de le garder le plus propre possible. La chèche du gardien était miraculeusement immaculée, et il l’utilisa pour se masquer le visage, recouvrant de poussière les parties visibles, il pouvait passer pour un maghrébin, avec sa gueule de métèque. Se faufilant rapidement dans les couloirs, il trouva en quelques minutes une issue et se retrouva dans une ruelle sombre. Il était libre.
  
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  • Dernière modification : 2022/10/24 15:31
  • de radeff