gaz:refuge

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gaz:refuge [2022/10/24 15:18] – créée radeffgaz:refuge [2022/10/26 21:53] (Version actuelle) radeff
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-Le refuge était désert à cette heure, un jour de semaine, à la différence des week-ends où il était pris d’assaut par une foule criarde et bigarée. Honorine, la barmaid d’origine rwandaise, réfugiée politique mariée au tenancier, un blond helvète aussi effacé que sa compagne était exubérante, leur lança un cordial « Maramutse » dans sa langue épouvantablement complexe.+{{:gaz:saucisse_aux_choux_vaud.jpg?nolink|}} 
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 +//Une saucisse aux choux avec son plomb IGP, © Wikimedia Commons - CC-by-3.0// 
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 +Le refuge était désert à cette heure, un jour de semaine, à la différence des week-ends où il était pris d’assaut par une foule criarde et bigarée. Honorine, la barmaid d’origine rwandaise, réfugiée politique mariée au tenancier, un blond helvète aussi effacé que sa compagne était exubérante, leur lança un cordial « Maramutse »((Maramutse: Bonjour)) dans sa langue épouvantablement complexe.
  
 – Salut, les hommes. Ça, c’est les sportifs. Ça, il faut la bière pour être fort. Ça c’est la bonne gua-gua. – Salut, les hommes. Ça, c’est les sportifs. Ça, il faut la bière pour être fort. Ça c’est la bonne gua-gua.
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 – Pendu! – Pendu!
  
-– Oui. Il ne vendait plus rien. Il déprimait. Honorine, Hector et Shlom respectèrent une minute de silence à la mémoire d’Hannibal Mottaz, dont l’absence allait contribuer au dépérissement du divin plat local, gloire du pays, le papet vaudois, sorte de potée de poireaux parmentière, surmontés de saucisses au choux et/ou au foie. Pur délice, allégé à la crème et allongé en fin de cuisson d’un trait de vinaigre, ce plat rustique convenait parfaitement aux besoins caloriques d’un paysan jurassien, mais avait été aboli par les normes hygiénistes des habitants d’aujourd’hui. Il faut dire que le pays de Vaud côté jurassique, colonisé au XVIe par //LLEE//, leurs excellences bernoises et protestantes, n’avait jamais (du point de vue de l’historiographie officielle) eu d’explosions indépendantistes, à la différence de la riviera lémanique ou du Jura catholique, où la phraséologie nationaliste a toujours masqué une guerre de corbeaux. À l’issue de ce funèbre instant, ils levèrent le coude en commun à la santé du défunt, célébrant, ventres à terre et à l’irlandaise notre spleen de gastéropodes. À force de libations, Shlom se sentait un peu éméché, Hector avait l’air parfaitement raide. C’est alors que le combicom se mit à couiner. Honorine prit la communication et hurla dans le refuge vide:+– Oui. Il ne vendait plus rien. Il déprimait. Honorine, Hector et Shlom respectèrent une minute de silence à la mémoire d’Hannibal Mottaz, dont l’absence allait contribuer au dépérissement du divin plat local, gloire du pays, le papet vaudois, sorte de potée de poireaux parmentière, surmontés de saucisses au choux et/ou au foie. Pur délice, allégé à la crème et allongé en fin de cuisson d’un trait de vinaigre, ce plat rustique convenait parfaitement aux besoins caloriques d’un paysan jurassien, mais avait été aboli par les normes hygiénistes des habitants d’aujourd’hui. Il faut dire que le pays de Vaud côté jurassique, colonisé au XVIe par //LLEE//((LLEE: leurs excellences bernoises)), leurs excellences bernoises et protestantes, n’avait jamais (du point de vue de l’historiographie officielle) eu d’explosions indépendantistes, à la différence de la riviera lémanique ou du Jura catholique, où la phraséologie nationaliste a toujours masqué une guerre de corbeaux. À l’issue de ce funèbre instant, ils levèrent le coude en commun à la santé du défunt, célébrant, ventres à terre et à l’irlandaise notre spleen de gastéropodes. À force de libations, Shlom se sentait un peu éméché, Hector avait l’air parfaitement raide. C’est alors que le combicom se mit à couiner. Honorine prit la communication et hurla dans le refuge vide:
  
 – Shlom, c’est pour toi! Titubant, il se hâta vers l’appareil. Sur l’écran, un type à la mine sévère, aussi gris que le papier du télégramme. – Shlom, c’est pour toi! Titubant, il se hâta vers l’appareil. Sur l’écran, un type à la mine sévère, aussi gris que le papier du télégramme.
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 À Bière, un paysan plus subtil que les autres (il mangeait encore de la soupe aux pois et au lard) fit le taxi avec son tandem jusqu’à la gare, en plaine, où il attendit l’omnibus pour Genève, qui n’avait que vingt minutes de retard sur l’horaire prévu, ou du moins ce qui en restait sur l’unique panneau horaire, sprayé par un superbe //PHUCK PEAU LISSE// fort esthétique au demeurant. Un sorte de graf anti-comédon. Surgissant de la brume glaciale de la plaine, apparut le poussif autobus solaire. Une fenêtre brisée laissait pénétrer un froid mordant, rendant encore plus silencieux les tristes passagers. On reconnaissait, ça et là, des chômeurs désœuvrés, qui claquaient leurs allocations en prenant le bus, pour avoir l’impression, comme avant, « d’y aller ». Mais, une fois arrivés en ville, ils n’étaient nullement à destination, ils sortaient et se contentaient de déambuler, de faire du lèche-vitrine sans moyens pour assouvir leurs passions consommatrices. Certains d’eux, anciens cols blancs, tentaient bien leur chance, mais c’était peine perdue, banco pour le ex-banquiers. À peine deux heures plus tard, ce qui représentait une honorable moyenne de 20 km/h, Shlom Avait rejoint la cité de Calvin, la Babylone lémanique, le phare culturel romand, l’antichambre de l’hexagone, le parangon du capitalisme, bref, ils étaient arrivés à Genève, comme le précisait un message à moitié audible craché par des hauts-parleurs poussifs: « Genève, tout le monde descend. Les passagers sont prié de se présenter au contrôle électronique ». Dans la cohue de la sortie, il manqua se faire piquer son sac par un mec à gueule de crapaud, sûrement un ancien comptable, à qui il fila un rapide et discret coup au plexus qui le laissa choir inanimé au milieu de l’indifférence générale. « Encore une victime du néo-libéralisme », se dit-il en massant sa main endolorie. « Chien de conformiste, tu l’avais bien mérité », ajouta-t-il in petto en s’éloignant après avoir passé le contrôle flicard, entouré de handicapés de l’enthousiasme. À Bière, un paysan plus subtil que les autres (il mangeait encore de la soupe aux pois et au lard) fit le taxi avec son tandem jusqu’à la gare, en plaine, où il attendit l’omnibus pour Genève, qui n’avait que vingt minutes de retard sur l’horaire prévu, ou du moins ce qui en restait sur l’unique panneau horaire, sprayé par un superbe //PHUCK PEAU LISSE// fort esthétique au demeurant. Un sorte de graf anti-comédon. Surgissant de la brume glaciale de la plaine, apparut le poussif autobus solaire. Une fenêtre brisée laissait pénétrer un froid mordant, rendant encore plus silencieux les tristes passagers. On reconnaissait, ça et là, des chômeurs désœuvrés, qui claquaient leurs allocations en prenant le bus, pour avoir l’impression, comme avant, « d’y aller ». Mais, une fois arrivés en ville, ils n’étaient nullement à destination, ils sortaient et se contentaient de déambuler, de faire du lèche-vitrine sans moyens pour assouvir leurs passions consommatrices. Certains d’eux, anciens cols blancs, tentaient bien leur chance, mais c’était peine perdue, banco pour le ex-banquiers. À peine deux heures plus tard, ce qui représentait une honorable moyenne de 20 km/h, Shlom Avait rejoint la cité de Calvin, la Babylone lémanique, le phare culturel romand, l’antichambre de l’hexagone, le parangon du capitalisme, bref, ils étaient arrivés à Genève, comme le précisait un message à moitié audible craché par des hauts-parleurs poussifs: « Genève, tout le monde descend. Les passagers sont prié de se présenter au contrôle électronique ». Dans la cohue de la sortie, il manqua se faire piquer son sac par un mec à gueule de crapaud, sûrement un ancien comptable, à qui il fila un rapide et discret coup au plexus qui le laissa choir inanimé au milieu de l’indifférence générale. « Encore une victime du néo-libéralisme », se dit-il en massant sa main endolorie. « Chien de conformiste, tu l’avais bien mérité », ajouta-t-il in petto en s’éloignant après avoir passé le contrôle flicard, entouré de handicapés de l’enthousiasme.
  
-[<>]+|[[gaz:telegramme|Télégramme]]|[[gaz:kalvingrad|Kalvingrad]]|
  
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  • gaz/refuge.1666617522.txt.gz
  • Dernière modification : 2022/10/24 15:18
  • de radeff