Afficher la pageAnciennes révisionsLiens de retourExporter en PDFTout plier/déplierHaut de page Cette page est en lecture seule. Vous pouvez afficher le texte source, mais ne pourrez pas le modifier. Contactez votre administrateur si vous pensez qu'il s'agit d'une erreur. ===== Spot: exit ===== {{:funkei:taiber.jpg?nolink|}} Фото: Пресс-служба ООО "Тайбер" <blockquote> Alors moi je sens que je f’rais Pas long feu pas long feu pas long feu ici Pas long feu Pas long feu pas long feu dans cett' chienn' de vie Pas long feu — Serge Gainsbourg, Pas long feu </blockquote> Markov Orline se sentait carrément mal. La veille, avec son pote Petar, ils s’étaient injecté du //Крокодил//. Plus que le malaise physique, Markov était ulcéré par sa bêtise. Il savait pourtant ce que faisait cette dope: la copine de Petar avait un os à vif - elle s’était ratée une veine et une infection s’était déclarée. Cette nana n’allait pas faire long feu. Certes, Petar était une péture depuis toujours, un vrai défoncé qui ne ferait pas non plus de vieux os dans cette chienne de vie, mais Markov, lui, avait un boulot, il ne gagnait pas grand-chose mais il pouvait quand même se payer une dope de meilleure qualité pour oublier sa triste vie de pilote de satellite atmosphérique. Enfin, l’âme, surtout russe, est faible devant la tentation, qu’elle se présente sous forme de pomme ou, plus moderne, de produit gluant dans une vieille shooteuse. Markov se dit qu’un petit shoot de coke passerait inaperçu et lui ferait du bien. Il sortit sa solution, planquée dans sa botte, et se fit une discrète et rapide injection. L’effet fut immédiat. Et pile à ce moment, le monstre de la Caspienne qu’il suivait disparut du spot. Markov se frotta les yeux en se disant qu’il avait dû rêver. Il passa du radar au visuel du satellite solaire atmosphérique //Sova//. C’était un vieux //Тайбер// qui datait de plusieurs décennies, mais faisait encore correctement son taf. Il crut voir une ombre sous l’eau, mais n’en était pas certain. Alors qu’il décrochait le combiné pour prévenir sa hiérarchie de la disparition de l'//Экраноплан//, ce qu’il vit sur l’écran le fit encore plus halluciner. Plusieurs dirigeables passaient. Des modèles vraisemblablement chinois, Markov en aurait mis sa main au feu. Il faut dire qu’ils portaient tous un gigantesque portrait du généralissime Mao. Et les énormes dirigeables lâchaient des parachutes géants. Sous les parachutes, il y avait des sortes de gros lézards. Si Markov avait eu un minimum de connaissances en paléontologie, il aurait reconnu des //Allosaurus// et des //Tyrannosaurus Rex//. Mais Markov ne reconnut rien du tout, car il avait toujours été un cancre à l’école, et qu’il avait fait peu de progrès en paléontologie devenu adulte. Il reposa l’appareil et se mit à trembler. Putain, ce //Крокодил// d’hier lui avait vraiment défoncé les neurones. Voilà qu’il avait du //delirium tremens// et voyait de gros lézards. Markov se jura de ne plus jamais toucher à cette saloperie. C’est à ce moment que la porte de son minuscule cagibi s’ouvrit à la volée. – Putain Markov mais qu’est-ce que tu fous! Tu as vu ce que j’ai vu, non? Il faut qu’on appelle tout de suite la //Kommandaturovitch//! Un //Экраноплан// détruit et des dinosaures parachutés! C’est la guerre, mon gars! – "Au secours!", se dit Markov. C’était déjà pas fameux, et voilà que son délire de dopé faisait venir dans son bureau cette plante de Vassilia qui n’avait jamais, au grand jamais, posé les yeux sur lui. – Mais enfin qu’est-ce que tu fous? Tu es défoncé ou quoi? Prend ce combicom et appelle: maintenant. Voyant que son collègue, qu’elle avait toujours trouvé bizarre, la regardait en décrochant son maxillaire inférieur, ce qui ne lui donnait pas un air plus malin que d’habitude, Vassilia appuya sur le bouton rouge du combicom. Celui des urgences. – Urgences urgentes. Ici l’avatar de la //Kommandaturovitch//. Soit une IA //Mivar// de classe 17.0.1, le dernier cri de //Googlov//. Que puis-je pour vous? – Nous surveillons la zone K217, un //Экраноплан// - le B71 - a disparu des radars. Et des ballons géants ont parachuté des dinosaures dans le secteur. – Oui, je sais que vous suivez la zone K217. Mais je n’ai pas compris le reste de votre message. Pouvez-vous répéter, en reformulant, je vous prie. – Un monstre de la Caspienne a disparu. Et des dirigeables, sans doute chinois, ont largué des //Tyrannosaurus Rex//. Ainsi que, sauf erreur, des //Allosaurus//. Pour être plus précise: parachuté. – Quand vous parlez de "//monstre de la Caspienne//", est-ce que vous vous référez à un //Экраноплан// - le B71 -, ou à une crainte atavique et fort humaine, des dinosaures? Je pense que vous n’ignorez pas que les derniers //Tyrannosaurus Rex// ont disparu il y a environ 60 millions d’années. Ce qui est aussi le cas des //Allosaurus//. Est-ce que vous buvez en service, camarade Vassilia Petrovka? Ou abusez-vous d’autres stupéfiants, de surcroît illégaux? – Vérifiez. C’est tout ce que je peux vous dire. – C’est ce que je fais. En attendant, voici un ordre pour le soldat de troisième classe Markov Orline: veuillez immédiatement procéder à l’arrestation de votre collègue Vassilia Petrovka et la menotter au radiateur. – Hein mais euh enfin quoi… – Vous avez parfaitement entendu: nos rapports sur vous sont excellents, alors que nous soupçonnons Petrovka de consommer des stupéfiants. Et, par ailleurs, de ne pas respecter la ligne du Parti. Procédez: maintenant. Petrovka regarda cette vermine de Markov, qui sortait maladroitement ses menottes. – Tu ne vas quand même pas obéir à cette stupide machine? Alors qu’il peinait à sortir les bracelets d’acier, Orline bafouilla: "un ordre, c’est un ordre… je dois obéir, désolé…". Non seulement cette andouille allait la menotter, mais en plus Petrovka voyait bien qu’il en tirait, derrière sa gêne, un plaisir vraisemblablement sexuel. – Taré. Voilà pour toi. D’un coup de coude, elle lui éclata le nez. Alors qu’il s’effondrait au sol, elle lui saisit une cheville et l’attacha au radiateur. Elle défonça la porte du cagibi. Elle entendait déjà une escouade de robots //OMON// qui se rapprochait au pas de course. Elle se rua dans le couloir, elle connaissait une cachette qui n’était pas dans le plan de surveillance électronique: le labo de l'//EMP//, dans lequel les robots ne se risquaient jamais, au risque de griller leurs circuits. {{:funkei:nnemp.jpg?nolink|}} ©Wikimedia Commons - CC-by-3.0, Z machine Un énorme générateur de micro-ondes NNEMP y était étudié pour générer de brèves ondes électromagnétiques de très forte amplitude. Le labo était en outre parfaitement isolé, pour éviter d’endommager d’autres appareillages sensibles. Et sa serrure était aisément crochetable, elle le savait car elle avait eu une histoire avec un laborantin qui lui avait donné ce bon plan discret. Elle poussa la porte du labo et tomba nez à nez sur l’ingénieure Radoslava, qui tenait à la main une énorme hache de pompier. – Petrovka! – Radoslava! Qu’est-ce que… – … Tu fous ici? J’allais te poser la même question. Les deux femmes se connaissaient et s’appréciaient. Dans l’univers aussi glacial que machiste de Bilibino, elles s’étaient tout de suite reconnues et estimées. – Alors moi, je fuis un taré sexuel. Bon, lui, il est menotté à un radiateur. Mais plus gênant, une escouade de rob-omons est à mes trousses. Et toi? – Je fuis aussi, mais en me dirigeant par un passage discret vers une sortie non moins discrète. Tout va péter d’une minute à l’autre. La centrale est en fusion. Suis-moi. Joignant le geste à la parole, Radoslava se mit à courir vers le fond du labo. – Il y a un passage secret. Viens. Elles poussèrent une paroi, qui pivota, livrant passage à un escalier aussi sinistre qu’humide. – Euh… – Pas une seconde à perdre. Repousse la porte pour condamner le passage et suis-moi! Vassilia obéit. Elles dévalèrent ensuite quatre à quatre les marches et parvinrent rapidement à un débarcadère souterrain. Au quai, un étrange appareil était amarré. – Qu’est-ce que c’est que ce machin? On se croirait dans un James Bond de deuxième catégorie. – C’est la navette privée de sauvetage de notre cher directeur. Il est persuadé que c’est un secret bien gardé, mais comme tu vois… Certains, je dirais plutôt //certaines// sont au courant. Il est motorisé avec une //Z-Refurbished machine//, un moteur à fusion quoi. Plutôt rapide. – On dirait de la science-fiction. – C’en est. Le plus marrant est qu’on ne sait pas où va cette navette. Ce qui est sûr, c’est que c’est loin, et que le voyage sera rapide. Enfile cette combi anti-G. À ce moment, Menieta Zaebalov Kozelovitch débarqua. Un grand sourire japonais, parfaitement hypocrite, illumina sa face de faussaire. D’autant plus qu’il cachait maladroitement un fusil laser. Tout petit, mais néanmoins fort dangereux. – Salut les filles, ça va? Qu’est-ce que vous faites ici? Radoslava avança, passa derrière Menieta par un agile entrechat, lui entoura la tête délicatement de ses mains. – Ah, je vois Radoslava que tu craques sous mon charme, dit Menieta. Avec, toutefois, son sourire japonais qui se transformait en petit sourire inquiet. Très inquiet, même. Le sourire se déforma en rictus sinistre lorsque Radoslava, d’un mouvement rapide, brisa sa nuque. Kozelovitch tomba raide, roide mort. – J’avais un compte à régler avec ce chien. Qui tombe bien. Pique-lui son combicom. Il va nous permettre de faire partir la navette. Et le flingue. On ne sait jamais. – Je veux bien mais sans lui, ça va être difficile de l’ouvrir. Je connais ce modèle de combicom, il est protégé par ses empreintes digitales. – Ça, c’est vite réglé. Il est droitier. C’est donc sa main droite qui nous intéresse. Bon vieux syllogisme, merci Aristote! Et Radoslava leva la hache de pompier. [<>] <html> <style> .dokuwiki p.plugin__pagenav svg { fill: snow; } </style> </html> funkei/spot.txt Dernière modification : 2024/09/04 17:48de 127.0.0.1