===== Озеро Балхаш =====
Predator X var det största havsrovdjur som levde under juraperioden. År 2008 hittade man en skalle i Svalbard som var 2,5 meter lång. Men kroppen inklusive huvudet uppskattas till 15 meter. Den vägde 45 ton, och betraktar den som en av historiens mest effektiva jägare. Kimmerosaurus, en plesiosaur, var en av predator Xs huvudsakliga föda. (…) Bitkraften hos predator X beräknas vara 4 gånger starkare en tyrannosaurus rexs bitkraft. — https://sv.wikipedia.org/wiki/Predator_X{{:funkei:orlyonok.png?nolink|}} ©Wikimedia Commons - CC-by-3.0 L'//Экраноплан// (ou "monstre de la Caspienne") survolait à près de six cent kilomètres à l’heure la paisible surface du peu profond lac Balkhach, complètement gelé par une douce température hivernale de -43 degrés Celsius. C’était déjà mieux que l’été, où l’on voyait pendant de longues heures monotones des herbes folles affleurant à la surface et les rives désertiques de la steppe kazakhe. À travers le hublot du cockpit, on commençait à deviner les hautes cheminées du complexe minier de Balkhach (République bolchévique semi-autonome du Kazakhstan), la seule vraie ville à des centaines de kilomètres à la ronde. Venant de la centrale nucléaire d’Ulken, l'//Экраноплан// assurait le transport de la 122e compagnie d’OMON bolchéviques, de retour de la répression d’une poignée de manifestants écolos anti-nucléaires. Habituellement, on se contentait de les lâcher au milieu du lac qui, s’il n’était pas très profond était néanmoins assez vaste pour assurer noyade et disparition de ces dangereux éléments gauchistes. Par chance, la rivière, elle, n’était pas gelée: en hiver, le gel rendait cette procédure impossible, il aurait fallu creuser la glace et les jeter dans l’eau glacée. Lors d’un épisode particulièrement sordide, une jeune femme avait été particulièrement résistante, et il avait fallu lui écraser les doigts à coups de bottes car elle était parvenue à plusieurs reprises à se raccrocher à la glace. Mais bon, au final, comme d’habitude, les cadavres avaient rejoint les autres squelettes au fond du lac, histoire de leur tenir compagnie. Bolvan Bolvanovitch avait rêvé, comme tous les petits garçons kazakhs, de piloter une navette spatiale Burian V. Ou, à défaut, un chasseur, par exemple un Mig 97. Ou, au pire, un bombardier stratosphérique Ty-180, surnommé le //Cauchemar de Beijing//. Mais ses capacités intellectuelles relativement limitées, alliées à un sens politique fort incertain, l’avaient conduit dans cette impasse. Il s’était retrouvé pilote d’un //monstre de la Caspienne//, un de ces //Экраноплан//, à l’échelon le plus bas du pilote d’avion militaire. En fait, parler d’avion relevait de l’artifice ontologique, vu qu’il s’agissait en fait d’une sorte de monstrueux hovercraft planant à quelques mètres au-dessus de la surface de l’eau. Bolvan soupira et sortit de la poche de sa vareuse un pétard pré-roulé de //Siberian Delight//, puis, au moyen d’une imitation américaine bon marché de //Zippov©®™//, il l’alluma. C’était l’un des rares avantages de ce boulot monotone: tout le monde s’en foutait et le laissait tranquille, dans une paix royale. Il n’aurait jamais le moindre contrôle d’urine qui, en cas de résultat positif, aurait pu l’entraîner tout droit dans un goulag du Khamtchatka, voir bien pire, jusqu’en Alaska soviétique. L’herbe n’était pas géniale, son dealer l’avait une fois de plus arnaqué, mais allez chercher un bon dealer dans la ville-garnison de Balkhach, 73'297 âmes dont 90% de militaires caucasiens mâles, 7% de prostitué·e·s asiatiques et le reste composé de cuisiniers pakistanais et de blanchisseurs nord-coréens. Enfin, comme Bogdan, le pétard remplissait sa fonction, avec peine mais non sans une certaine efficacité et l’odeur de mauvaise skunk emplissait maintenant la cabine de pilotage. Bogdan était sûr que, dans la soute, le peloton K de la compagnie 212 de //spetnatz// de la République bolchévique semi-autonome du Kazakhstan se bourrait la gueule à la vodka frelatée, en fumant une herbe au moins aussi mauvaise que la sienne. Il vit soudain, à quelques miles nautiques une forme gigantesque bondir hors de l’eau avant d’y replonger. Les réflexes militaires conditionnés de Bogdan ne jouèrent pas du tout et il planta les freins, écrasant son fret humain dans la cale. L'//Экраноплан// ralentit puis s’immobilisa, après avoir encore parcouru un ou deux miles. Dans son dos, la porte du cockpit s’ouvrit avec fracas, livrant passage à un gigantesque lieutenant. //Son// gigantesque lieutenant. Bolvan avait toujours détesté Bogdan Bogdanovitch; en-dehors la ridicule homophonie entre leurs prénoms et leurs patronymes, tout les distinguait: Bogdan était cruel, amer et âgé, alors que Bolvan était cruel, amer mais jeune. Tous deux s’étaient retrouvés dans ces sinistres patrouilles morbides, dans ce coin perdu et industriel, et tentaient de chasser leur spleen par une réciproque escalade de crasse méchanceté et de cynisme. Enfin, une dernière différence: les moustaches et le bouc ridicules de Bogdan évoquaient pour Bolvan l’un de ces gros morses de combat qu’il avait vus lors de son stage dans le port militaire de Mourmansk. – Putain, BB, mais qu’est-ce que tu fous! – Je ralentis, mon lieutenant. – Je le vois bien, âne bâté, que tu ralentis! À cause de ta connerie, j’ai plein de blessés à l’arrière! Attends voir… mais ça sent l’herbe dans cette cabine! Je vais te coller un rapport sur le dos, que ce sera le Khamtchatka direct voire, si le fonctionnaire qui traite ton dossier est particulièrement mal luné, l’Alaska soviétique. – Camarade commandant mon lieutenant principal Bogdanovitch, je vous prie de vous calmer. J’ai suivi le protocole de la procédure K-817B (Bolvan venait d’inventer cette procédure), aussi surnommé //freinage d’urgence// dans notre jargon technique de pilotes. Euh… vous fumez? Joignant le geste à la parole, il passa le pétard au petit grand lieutenant, pétard que ce dernier finit en deux taffes furieuses. L’effet fut immédiat. – OK, ça passe pour cette fois. Je ne ferai pas de rapport. Excellente, cette herbe. Pour ta peine, tu me mettras en contact avec ton fournisseur. Bon mais dis-moi quand même, misérable vermisseau, pourquoi ce //freinage d’urgence//? – J’ai vu un élément très suspect sauter hors de l’eau et y replonger. – Trop de //ganja//, BB. Non seulement tu me ré-inventes le monstre du Loch Ness sous la forme du fantomatique sous-marin du //Яézo// mais en plus tu le fais sauter, tel le mouton écossais. Ridicule! BB, malgré toute sa détresse là, ne put s’empêcher de sourire. Depuis plusieurs années, les éléments ultra-subversifs du //Яézo// avaient été neutralisés dans la zone très sensible du lac Balkhach - c’était l’une des conditions des Chinois pour l’achat de l’électricité nucléaire russe, et le fameux sous-marin secret du //Яézo// était l’un des gags favoris des militaires de la zone: tous savaient pertinemment qu’il n’existait que dans l’imagination des fonctionnaires locaux, pour légitimer l’impitoyable répression et le contrôle sur la population locale. Une sorte de //Nessie// Balkhachien. D’ailleurs, les derniers militants régionaux du //Яézo// étaient tous au fond du lac, en compagnie de leurs petits camarades verts. – Mais, camarade commandant mon lieutenant principal Bogdanovitch, je vous assure que… – Ouais ouais ouais c’est ça… Assure-moi tout ce que tu veux. Allez, on redémarre maintenant, je ne veux pas rater mon épisode d'//Erotikov Gunmachine//, il paraît que… À ce moment, ils virent le ciel s’obscurcir. Et une gueule gigantesque, peuplée de dents de plusieurs mètres, engloutir l’avant de l'//Экраноплан//, broyant le cockpit et les deux militaires. Le funkei((//Pliosaurus funkei// est une espèce de pliosaure découvert par l’équipe de paléontologues norvégiens du professeur Jørn Hurum, d’Oslo, entre 2006 et 2007 au Spitzberg. Il vivait à la fin du Jurassique supérieur (Tithonien) il y a environ 147 Ma (millions d’années). Jusqu’à sa description scientifique, en 2012, le fossile a été connu et popularisé sous le surnom de Predator X. Avec une longueur estimée entre 10 et 13 mètres, il s’agit d’un des plus grands pliosaures ayant jamais vécu. Source: https://fr.wikipedia.org/wiki/Pliosaurus_funkei)) était furieux. Une fois de plus, il s’était fait avoir: son père lui avait pourtant répété à maintes reprises, "mon fils, n’aie pas les yeux plus gros que le ventre: si c’est vraiment grand, ce n’est pas comestible!". Évidemment, l’enfant n’avait pas écouté et, devenu grand et un peu myope, il croquait tout et n’importe quoi et s’y cassait, littéralement, les dents. Il dut se contenter des quelques dizaines de corps éjectés par l’appareil en naufrage, dont certains qui ne bougeaient déjà plus, ce qui ne constituait que quelques miettes pour son appétit proprement gargantuesque. Il rota. Putain, encore une digestion qui allait s’avérer difficile, pire que des cornichons malossols. [<>]