===== Papaver Somniferum ===== {{:funkei:opium.jpg?nolink|}} © Deux fumeurs d’opium à Java, 1867, Wikimedia Commons
First, then, it is not so much affirmed as taken for granted, by all who ever mention opium, formally or incidentally, that it does or can produce intoxication. Now, reader, assure yourself, //meo perieulo//, that no quantity of opium ever did or could intoxicate. As to the tincture of opium (commonly called laudanum) that might certainly intoxicate if a man could bear to take enough of it; but why? Because it contains so much proof spirit, and not because it contains so much opium. But crude opium, I affirm peremptorily, is incapable of producing any state of body at all resembling that which is produced by alcohol, and not in degree only incapable, but even in kind: it is not in the quantity of its effects merely, but in the quality, that it differs altogether. — Thomas De Quincey, Confessions of an English Opium-EaterCela faisait une bonne semaine que les fugitifs du //Яézo// récupéraient leurs forces à Fayzabad, capitale de la République islamique du Badakhshan, dans l’attente d’un transport pour ce qu’on appelait auparavant l’Europe, et pour la majorité d’entre-eux, l’Helvétie. Un arrangement avait été conclu entre le //Яézo// et les combattants afghans, ce qui avait permis d’organiser le rapatriement des camarades sans trop de difficultés. Au dernières nouvelles, les Russes et les Chinois s’invectivaient et n’embêtaient plus grand monde, car ils avaient d’autres problèmes plus urgents avec leur population locale qui sentait leurs dictatures en position de faiblesse. Les dinos, quant à eux, avaient tous disparus, décimés par ce virus inconnu et les rumeurs allaient bon train sur son origine présumée. Certains farfelus prétendaient même qu’il était d’origine états-unienne, ce qui était franchement ridicule si on considérait la misère de la nation nord-américaine. Nos amis du //Яézo// eux, attendaient. Et se reposaient. De son côté, après avoir pas mal fait de business de //rubis balais//, Nikalaï Goulotsy s’était essentiellement adonné à la consommation de stupéfiants, sous la forme de pipes d’opium. Il avait franchement mauvaise mine. – Ça va, Nikalaï? Tu as franchement mauvaise mine. – Je dirais même plus: une mine épouvantable. – Wo les gars, cool quoi, faut pas pousser. Mais c’est vrai que c’est pas la grande forme, quoi… D’ailleurs je… – Eh, il est parti! Vassilia, qui était la plus douce de l’équipe et semblait même avoir développé, aussi étonnant que cela puisse paraître, un petit faible pour l’explorateur, prit le pouls de l’évanoui. – Oulala… Pouls fuyant, filant, faible. Il ne va pas du tout. Faut qu’on lui trouve un médecin d’urgence. – Un urgentiste tu veux dire? – Cesse tes calembours et trouve rapidement un toubib, toubabou! – Bien Hamid. Et Shlom sortit son combicom pour appeler Hannah-les-bons-tuyaux, laquelle répondit aussitôt: "– Oui?" – Nikalaï est dans les pommes, et selon Vassilia, je cite: "il ne va pas du tout avec un pouls fuyant, filant et faible". Tu aurais un toubib sous la main? C’est urgent. – Tu veux dire un urgentiste? – Voilà que ça recommence. C’est une urgence. – D’accord je regarde… On entendit un cliquetis très rapide - Hannah était une maîtresse du clavier bépo. Puis un "//ptoing!//" annonçant l’arrivée d’un message sur le combicom de Shlom. – Voilà les coordonnées du gars. Il arrive, je l’ai contacté et il est dispo. Juste un conseil: évitez la politique, et surtout la religion. C’est un bon toubib, il accepte de soigner tout le monde - même les Russes, pour autant qu’on paie, par contre il ne partage pas vraiment nos valeurs. Alors qu’Hannah venait juste de couper la communication, on entendit frapper à la porte de la misérable masure qui servait de refuge aux fugitifs. – Toc! Toc! Toc! Bip! Bip! C’est le toubib! – Entrez, c’est ouvert. Un taliban fit son apparition. La seule chose qui le distinguait de ses congénères, à part l’habituelle robe immaculée, le turban, le gilet et la courte barbe teinte au henné était le stéthoscope qu’il portait autour du cou, ainsi qu’une mallette de cuir qui semblait fort lourde. – Enchanté. Muhamar El Hadj Talibjian. Médecin urgentiste. J’imagine que le patient est le grand moche à terre? Sans attendre confirmation, il releva un peu sa robe et s’accroupit aussi élégamment que rapidement aux côtés de Goulotsy, lui prenant le pouls. – Oulala… Il ne va pas du tout: son pouls est faible, filant et fuyant. Qu’est-ce qui s’est passé? – Il consomme… – …de l’opium depuis pas mal de jours, oui, je vois. Muhamar El Hadj Talibjian se mit à palper le ventre de l’évanoui, juste sous le nombril, avec précaution. Il sortit un thermomètre. – 43 degrés. Très forte fièvre. Il a eu une perforation extra-péritonéale qui a entraîné un choc septique potentiellement létal. – Euh… désolé, il nous faut les sous-titres. – Notre bonhomme a une très grave infection, sans doute liée à un fécalome qui a éclaté. – Un fécalome? – C’est un amas de caca. Sans jeu de mots. Cela se produit souvent après une longue constipation, typiquement après une consommation prolongée d’opiacées. Il est plus rare par contre qu’il éclate, comme cela semble le cas. Et encore plus rare qu’il éclate et qu’une infection suive sans qu’on s’en rende compte. Votre pote devait vraiment être très pété depuis très longtemps. – Ce n’est pas notre pote. Et oui, il est pété depuis un moment. Mais ça veut pas dire qu’on va le laisser mourir. – Alors ça, ça risque d’être difficile. Il vient de passer. Regardez. Effectivement, Nikalaï Goulotsy, GO en tourisme extrême, CEO de //GoulotsyAdventure// ne respirait plus. Un petit sourire béat s’était imprimé sur son masque mortuaire, et celui qui avait toujours eu les traits tirés de son vivant ressemblait maintenant à Bouddha, en plus maigre. Et sans doute plus grand. – Chien d’infidèle! Il ressemble à Bouddha! Cela fera douze roubles. – Douze roubles pour deux minutes? – Et oui, en fin de vie, le tarif n’est pas donné. Et puis j’ai dû me déplacer. Il faut me payer maintenant. Hamid sortit son porte-monnaie électronique. – Non, non. Je veux du cash. Je ne fais pas confiance à ces diableries modernistes. Comme Abou Mosab Al Barnaoui. – Pas de soucis, dit Hécube, sortant un porte-monnaie pas du tout électronique de sa besace et en retirant un billet de 10 roubles, à l’effigie de Vladi, et deux billets d’un rouble, à l’effigie de Iossif Vissarionovitch Djougachvili, //aka Sosso//. – Merci et à la prochaine. Je dois aller faire un accouchement. Et celui-ci sera hallal, pas haram comme ce décès. Et un chien d’infidèle en moins, un! Et le médecin taliban sortit au pas de course, en claquant la porte. Radoslava tentait de consoler Vassilia, qui pleurait à chaudes larmes. De la morve lui coulait du nez, et Radoslava officiait d’un air dégoûté. – Allons, Vassilia. Un con de perdu, dix de retouvés. Et celui-ci était particulièrement con. En plus, veule, lâche et traître. – Oui mais moi, je l’aimais. Arrrrrggggggghhhhh! Snif, re-snif et re-aaaaarrrrrggggggghhhhh! – Vertige de l’amour. – Oh Radoslava lâche-là un peu, tu vois bien qu’elle ne va pas bien? – Que je sache Hamid, c’est sur mon épaule que Vassilia épanche sa morve et ses larmes, alors pas de leçon merci. Ce n’est pas parce que tu as une belle gueule que tu peux faire ton malin. Tu veux reprendre la place laissée libre dans son coeur, alors que le précédent est encore chaud? Pas très élégant. – On ne s’excite pas. C’est à ce moment que le combicom sonna. – C’est Hannah. – Tout va bien? – Non, pas trop. Nikalaï vient de trépasser. – Bof. Un con de perdu, dix de retouvés. – Re-arrrrrggggggghhhhh! Re-re-snif, re-re-re-snif et re-re-re-aaaaarrrrrggggggghhhhh! – C’est quoi ça? – Cela, c’est Vassilia qui pleure son aimé. Ainsi vont les mystères de l’amour. – Et les énigmes de la mort. – Trêve de poésie: je vous ai trouvé un transport. Foncez vers le strato-port. Un cyclo-minibus vous attend en bas de l’immeuble. Ensuite un petit vol tranquille de quelques jours et vous serez de retour au pays. Et bonne nouvelle, je vous ai trouvé un chouette séjour pour vous remettre: les camarades de la République autonome du Ravierstan vous attendent, ils ont déjà commencé à cuisiner et la bière artisanale est prête. [<>]