===== La chute ===== Évidemment c’était trop beau pour durer, et il avait fallu qu’ils se séparent assez vite. Elle, trop jeune, trop belle, trop gentille, trop orthodoxe, trop…​ Et Shlom, pas assez, ou alors trop, enfin bref. C’était fort, intense, mais c’était trop fort et c’était passé. Ils s’étaient séparés bons amis, on dit ça mais en fait non, ils savaient bien que jamais ils ne se reverraient, qu’ils s’en voudraient trop, non l’un à l’autre, mais chacun à soi-même pour avoir raté cette unique occasion de trouver l’âme sœur, cédant à un facile égoïsme plutôt qu’à la beauté, et on s’en veut toujours de la laideur qu’on a en soi. Donc disons qu’ils s’étaient tout simplement séparés, qu’elle l’avait abandonné, alors qu’ils visitaient le Panthéon à Rome, il regardait la voûte, il redescendit son regard et elle n’était plus là, il n’y avait à sa place plus qu’un rayon de lumière qui provenait du dôme, comme un suiveur de théâtre qui a perdu sa cible, et il sut qu’il ne la reverrait plus, plus jamais, et ça lui fit mal. Alors il rentra, en prenant un train de luxe, car les parents de Hubert avaient bien dû payer, vu que Shlom avait fait son boulot ; ce n’était quand même pas de sa faute si leur stupide fils avait eu des mauvaises fréquentations et des rêves de grandeur, et s’était retrouvé pris dans le tsunami dévastateur, avait fini en petits morceaux parmi d’innombrables petits morceaux. Shlom avait fait ce pourquoi il avait été engagé, avait envoyé la note et avait été payé. Pas grassement, ce qui serait un comble de la part de banquiers calvinistes, mais loyalement. Ce qui est moins bien, mais rassurant quand à la bonne marche des affaires de ce monde. Il arriva au village et retrouva ses amis. Il leur raconta évidemment tout, avec les détails, notamment l’étrange sauvetage final de ce taré d’Hamid, qui avait décidé soudain de sauver ces deux êtres et de se repentir. Dans l’hélico, il avait giflé Shlom pour le réveiller (c’était en passe de devenir une habitude chez eux, ce rapport sado-maso), puis lui avait expliqué sa position, sa nouvelle philosophie, la rencontre d’Héléna et ce tremblement de terre qui l’avaient libéré de ses commanditaires, mais aussi libéré tout court, émancipé, il avait retrouvé une juvénile foi en la vie, rejetait son nihilisme d’antan qu’il considérait comme adolescent, pour entrer dans un monde adulte, de philosophe, voire de sage. Shlom lui avait alors parlé du mouvement cyberpunk de Hannah, qui aurait certainement l’usage d’un gars comme lui, sachant aussi se battre, mais cette fois-ci pour une cause plus juste. Hamid semblait intéressé, lui dit qu’il prendrait contact, ce qu’il avait fait par la suite, Shlom le savait par Hannah, qui était ravie de cette nouvelle recrue qui, de plus, manifestait une libido hors du commun. Il avait déjà commencé à entraîner des commandos de cyberpunkettes au combat rapproché, et semblait heureux dans cette nouvelle vie, en espérant qu’elle durerait, car Shlom savait ses blessures toujours béantes, et aussi fragiles que le défunt lac de Nyos. Puis Shlom se remit au skating, car la saison hivernale durait étonnamment cet hiver blanc. Planté des bâtons en mode décalé. Poussée sur les bâtons. Poussée de jambes. Glisse. Merveilleuse glisse. Reprise du cycle: planter de bâtons, …​ Shlom rêvait à moitié, dans un pas de grande vitesse skating. Il avait largement passé les 30km/h, le vent lui glaçant le visage. Perdu dans ses pensées, la fatigue venant, il planta mal ses bâtons, trébucha. Tomba. Chuta. Le visage le premier, la violence lui enfonça le nez dans la neige et il perdit connaissance dans le blizzard jurassien. |[[gaz:effondrement|Effondrement]]|[[gaz:epilogue|Épilogue]]|