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> Dans les atolls du Pacifique où l’on a fait exploser des bombes atomiques, on a remarqué que les cafards et les scorpions sont aujourd’hui les espèces les plus résistantes. Si un nouvel événement devait supprimer 99% des espèces à la surface de la Terre, ils devien-draient les espèces dominantes.
— Jean-Pierre Luminet & Élisa Brune, Bonnes nouvelles des étoiles
Alors que Hamid observait les insectes qui se rapprochaient, il y eut des cris. Les cafards s’arrêtèrent.
Puis le silence.
Flash. Forte sensation de chaleur.
Une sensation très bizarre, comme si tout l’air avait été aspiré d’un coup.
Puis, enfin, un gros « boum ». En fait, un énorme « boum ».
Les cafards se mirent alors à s’agiter, puis, l’un après l’autre, s’immobilisèrent.
Hamid tomba dans les pommes, une fois de plus. Cela devenait une habitude.
Au bout d’un long moment, la porte de sa cellule s’ouvrit. Entra le père Tomate suivi de deux matons baraqués, munis de tenues anti-radiation et de masques à gaz.
– Que s’est-il passé?
– On ne t’a pas sonné. Ta gueule. Allons-y.
Et tous de sortir de la prison, au milieu d’une foule en panique. Partout, des cadavres brûlés, certains, comme fondus. Des gens en train de vomir, partout, tripes et boyaux. Les survivants de Novaia Ziemlia allaient mal. Hamid se sentait comme un figurant égaré dans un mauvais film de zombies de série B.
– Je n’y crois pas… Vous avez fait péter une bombe atomique? C’est ça, n’est-ce pas?
– Silence, prisonnier.
Coup sur la gueule. Mais maintenant Hamid savait. Ils étaient tous gravement irradiés. Hamid voyait des cloques se former sur sa peau.
– Pour être tout à fait honnête, personne n’en sait rien. Mais tu as sans doute raison. Cela a tout l’air d’être une explosion atomique, majeure. Il faut fuir, maintenant.
Ils le poussèrent dans un hélico dont les pales tournaient, ainsi que la turbine. Tomate, les traits masqués par l’équipement nucléaire, se tourna vers Hamid. Comme le sas de l’hélico se fermait, tout enlevèrent leur équipement.
Tomate s’adressa à son prisonnier:
– Je te réservais un traitement spécial, plein de subtilités. En définitive, il va falloir que je me contente du traitement argentin.
– Le traitement argentin?
– En 1977. Les vuelos de la muerte.
– Ah. Je vois. Vous allez me jeter de l’appareil. Bonne idée, au vu de la situation, on dirait que c’est vraiment une priorité.
– La priorité pour moi a toujours été de me débarrasser des cafards. Et oui, nous allons te jeter dans la mer de Kara. Radioactive. Fais tes prières, sale mécréant.
L’appareil avait décollé depuis quelques minutes et survolait une vaste étendue liquide. La Nouvelle-Zemble, du moins ce qu’ils pouvaient en voir, semblait avoir été anéantie. Sur la mer de Kara, on voyait une vague monstrueuse, grotesque, qui allait en s’amplifiant et en s’accélérant. Les quelques navires que l’on apercevait furent submergés par la vague et coulèrent en quelques secondes. Derrière la vague, la mer semblait à nouveau lisse. Puis, de nouvelles vagues gigantesques.
Les deux baraqués attrapèrent Hamid et le poussèrent vers le sas. Au dernier moment, celui-ci se laissa aller en arrière, attrapa le prêtre Tomate par la manche de sa soutane et se jeta dans le sas, qui se ferma automatiquement au nez des baraqués. Hamid et Tomate furent emportés par l’appel d’air lorsque la porte extérieure du sas s’ouvrit et entamèrent leur funeste chute.
Tomate était rouge comme une tomate, et ses yeux exprimaient une stupéfaction béate. Il chercha à étrangler Hamid mais ses griffes arthritiques n’avaient pas la force nécessaire, d’autant plus qu’il vomissait abondamment sur Hamid. Hamid, se souvenant de ses prises de sauveteur, se dégagea et chercha une position optimale pour sa chute. Il savait que l’impact de l’eau pouvait s’avérer fatal au-delà d’une trentaine de mètres, et il était à peu près sûr que l’hélico était nettement plus haut.
Au moment du contact avec l’eau, Hamid sentit chacune de ses vertèbres. Mais il eut la joie de voir le prêtre, déséquilibré, écarter les jambes en touchant la mer.
La musculation de Hamid lui sauva la vie, alors que Tomate avait été éclaté par l’eau, dans un lavement final et mortifère.
Hamid se rapprocha de Tomate et le dépouilla de son équipement insubmersible, qu’il revêtit et regonfla à l’aide de la petite paille de survie. Il regarda le cadavre, ajouta murabeho1) et ijoro ryiza2). Ce n’était sans doute pas très malin, mais ça lui fit du bien.
Sur le plan physique il était encore plus urgent de se faire du bien: il referma la cagoule, posa le masque et se sentit instantanément mieux, ce qui était compréhensible dans cette eau glaciale et fortement radioactive. Il eut encore la présence d’esprit d’étarquer la voile de survie intégrée à la combinaison de sauvetage, et une petite brise se mit à le pousser, tranquillement mais certainement, vers le sud.
Puis il retomba dans les pommes.