Gloups!
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<blockquote> Le spécisme est une violation du principe d’égalité entre les individus. Privilégier les intérêts des individus d’une espèce par rapport aux intérêts des individus d’une autre espèce, tout particulièrement des êtres humains sur les autres animaux, relève donc du spécisme. https://www.antispeciste.ch/specisme </blockquote>
C’était il y a longtemps.
Kevin avait fait le con. Une fois de plus. Sa mère allait encore râler. Sans parler de son père, qui lui filerait sans doute une raclée.
Mais bon, il avait la peau coriace. Ce qui l’emmerdait le plus, c’est qu’il serait certainement privé de dessert, et sans doute de sortie pendant un moment.
Là, c’était sûr, il s’était bel et bien perdu. Après avoir traversé la rivière sur le grand tronc, il s’était aventuré dans la forêt primaire, avait pourchassé quelques bestioles en essayant de les attraper, sans succès. Puis, de fil en aiguille, il s’était retrouvé dans cette plaine alluviale, déserte et fort belle.
Certes. Mais l’esthétique n’était pas son fort, et plus ennuyeux, il ne savait plus du tout se situer.
Sa sœur avait disparu comme ça, il le savait, et ça lui foutait les glandes. Malgré sa stature, il était encore un ado et il ne faisait pas vraiment le poids face à un vrai adversaire. Mais ça, il l’ignorait, car il se croyait encore invincible.
Il commençait à avoir la dalle. Pourquoi n’avait-il pas déjeuné correctement le matin?
Ses parents n’arrêtaient pas de le lui répéter:
– Enfin, tu le sais bien: c’est le petit déjeuner, le plus important. À midi on mange léger, et le soir presque rien. Mais le matin, il faut se restaurer pour avoir des forces pour affronter la journée. Sinon à l’école tu seras déconcentré, tu ne retiendras rien et le maître va encore te gronder et nous convoquer pour nous dire que tu ne fous rien. Enfin, mais Henri, tu ne veux pas dire quelque chose? J’en ai marre à la fin, c’est toujours moi qui dois faire la discipline, pendant que tu te prélasses. Henri, j’aimerais que tu prennes plus au sérieux ton rôle de père. Enfin, Henri, je te parle…!
Tous les matins, la même rengaine désespérante. Kevin n’y pouvait rien si ce que lui proposaient ses parents ne lui faisait pas envie. Ah, si seulement il avait pu avoir des parents comme ceux de Samantha. Chez elle, le matin c’était bombance.
À l’évocation de Samantha, son sexe se redressa. Faut dire que c’était un sacré morceau (Samantha, pas son sexe). Mais bon, pas de chance, lui il bandait, mais elle, elle boudait, enfin, elle le boudait, lui préférant ce con de Sydney. Qu’elle appellait toujours “Sid”. Quel prénom à la con, non mais Sydney, j’te jure! Bon, OK, il lui prenait au moins une tête et il n’avait pas d’acné. Et de sacrés muscles. Mais, au final, ça restait un vrai con.
Kevin se sentit soudain observé. Mal à l’aise, il fit un tour d’horizon. Son érection tomba. Et le froid monta en lui, insidieusement. Faut dire que le crépuscule s’approchait.
Il entendit une respiration. Rauque. Profonde. Mais il ne voyait toujours rien. Il sentait pourtant une présence, toute proche.
Un craquement de branche. Puissant. Indiquant une masse importante.
De plus en plus inquiet, Kevin se rapprocha de la forêt. Il ne s’en rendait pas compte, mais il s’éloignait encore plus de la maison, de son nid rassurant et de sa console de jeu.
Et soudain, là, entre ses jambes, cette bête.
Kevin rit. Et écrasa la vulgaire bestiole d’un coup de talon. Le mammifère minable était tout aplati, sa cervelle sortant de ses oreilles. Kevin se rengorgea. Il avait eu peur de ce minable raton. Le ramassant, il le goba. Pas mal.
Enhardi, il continua sur sa lancée et se retrouva au bord d’une rivière. Un peu trop tumultueuse à son goût. Il n’était pas très doué en natation. Pour être honnête, il ne savait carrément pas nager. Pas comme Sydney qui frimait toujours, avec son crawl à la con. Ce con de Sydney.
Il avança dans l’eau. Perdit pied. Le courant glacé l’emporta, il but la tasse. Par chance, il vit un tronc d’arbre. S’y accrocha, rassuré.
Souriant béatement, il repensa à Samantha. Aaaaah….. Samanthaaaaaaah!
Ève, la Deinosuchus, faisait un bon douze mètres. Voire, un peu plus. Et elle était affamée. Elle sentit un truc mou lui arriver dessus, s’accrocher à elle. Tourna la tête. De ses misérables yeux de saurien, elle vit l'Afrovenator, un minable spécimen de deux mètres à peine. Mais qui lui convenait tout à fait pour un en-cas.
Kevin, le petit minable Afrovenator qui ne devait pas dépasser quatre mètres tout compris, vit le tronc d’arbre se tourner vers lui.
Ouvrir une gueule peuplée de dents, de très grandes dents.
Puis il ne vit plus rien.
Un grand craquement se fit entendre. Puis un gros rot. La vie des bêtes.
La Deinosuchus plongea dans la rivière froide. Il fallait encore qu’elle chasse un peu, sinon ça allait chauffer à son retour.
Si elle devait compter sur Adam pour ramener la viande, toute la famille allait encore devoir jeûner. Son gars devait être encore au bistrot, à boire des verres avec des potes en tapant le carton.
Ce con d’Adam.
C’était il y a longtemps, très longtemps, plus de 170 millions d’années. Et voilà que tout cela revenait, mystérieusement.