Хребет Академии Наук
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<blockquote> А имена тех, кто здесь лёг, снега таят… Среди непройденных дорог одна - моя! Здесь голубым сияньем льдов весь склон облит, и тайну чьих-нибудь следов гранит хранит… —- Les neiges dissimulent les noms de ceux qui gisent en ces lieux. Parmi les routes où nul n’a marché il en est une pour moi. Ici toute la pente est inondée de la lumière bleutée des glaciers. Et le granit a conservé le secret de traces inconnues. — Владимир Семёнович Высоцкий, Горная лирическая (Vladimir Semionovitch Vissotsky: Vers les cimes)</blockquote>
– La classe! Putain de ouf de navette!
– Radoslava, je n’aime pas tellement lorsque tu parles “djeune”. Ça fait vulgaire.
Radoslava en son for intérieur pensa que Petrovka était, quoique fort jolie, une vraie emmerdeuse. Mais obtempéra.
– Bien madame. D’accord madame. Que pensez-vous des performances de la navette bolchévique que nous empruntâmes à l’instant.
– Putain, elle décoiffe!
Les deux fugitives éclatèrent de rire et se tapèrent les paumes et les poings, dans une pitoyable imitation de salut de banlieue.
– Bon, maintenant faudrait quand même un peut se situer, non? On a peut-être fait un bon bout de chemin après tout.
Elles sortirent prudemment du véhicule. Le sous-sol était mal éclairé d’une lueur bleuâtre, genre lumière anti-shoot pour junk.
– Ouf, il fait froid. Et j’ai la respiration courte.
– Moi aussi. Montons.
Elles prirent l’escalier de béton devant elles et se mirent à le gravir. Elles parvinrent dans une sorte de salle de commande pourvue d’un matériel soviétique vraisemblablement archaïque, datant sans doute de la première période glorieuse bolchévique.
– C’est quoi, ça…?
– On dirait une vieille station météo.
– Sans aucune fenêtre? C’est quand même bizarre, non? Et j’ai toujours le souffle court, et mal à la tête.
– Moi aussi. Faisons un feu. Tout de suite.
Elles allumèrent le poêle, moche mais fonctionnel, qui était au milieu de la pièce, avec la dextérité de vraies sibériennes. Rapidement, la température monta. Elles commencèrent à faire de la buée, ce qui montait qu’elles étaient maintenant largement au-dessus de zéro degrés. Elles trouvèrent une bouteille de vodka, se jetèrent quelques lampées. Tout allait mieux.
– Bon. Va mieux. Mais où sommes-nous ?
Une grosse porte d’acier leur faisait face. Elles tournèrent le volant rouillé, qui se débloqua en grinçant. La porte s’ouvrit.
Le spectacle était phénoménal. La température aussi.
Devant elles, le pic Staline, anciennement pic Ismail Samani et pic du Communisme. Lors de la reconquête bolchévique, après la récupération du Tadjikistan dans le giron de l’Union bolchévique, le plus haut sommet de l’Union avait récupéré le nom du Vojd, au grand plaisir de ses nostalgiques. Il y avait bien eu quelques velléités pour le renommer pic Poutine, mais la mayonnaise n’avait pas pris: de l’avis de l’intéressé lui-même, Staline sonnait mieux.
Des nuages passaient à toute vitesse son sommet, sur lequel le vent devait souffler car on y voyait un petit panache neigeux.
– Mais où sommes-nous?
– Cela, mesdames, on peut vous le dire.
Elles se tournèrent et virent deux gars. Des grands mecs, un brun costaud et un black magnifique, fin et gigantesque. Elles sourirent toutes les deux.
Shlom et Hamid eurent aussi un grand sourire en retour, en voyant ces deux belles femmes, une rousse plus âgée, l’air sérieux mais avec un je-ne-sais-quoi d’effronté dans ses yeux bleus dorés et une magnifique brune. Ils tendirent la main. Une grande confiance s’établit instantanément entre-eux.
– Shlom Rublev. Privé. Enchanté.
– Hamid. Agitateur professionnel. Enchanté.
– Radoslava Sledavatelia, ingénieure nucléaire. De deuxième catégorie.
– Vassilia Petrovka, aiguilleuse militaire, répondit enfin la brune aux yeux vert émeraude.
– On vient de s’échapper avec une navette atomique du centre atomique de Bilibino.
– Bilibino? Mais c’est très loin! Qu’est-ce que vous foutez dans le coin?
– On est en fuite. Moi, je suis poursuivie par les Omons, après avoir pété le nez de mon chien de collègue qui n’est qu’un sale collabo. Radoslava… Radoslava c’est plus ennuyeux, elle a tué une huile.
– Wah les meufs! De vraies tigresses. Ça tombe bien, nous on n’est pas des agneaux non plus. On bosse pour le Яézo.
– Le mythique Яézo? Depuis le temps qu’on en entend parler… J’ai toujours cru que c’était une légende, à part pour les minables qui cherchent à draguer en faisant les malins. Mais je ne sais pas pourquoi, je suis convaincue que ce n’est pas votre cas… peut-être notre rencontre pour le moins surprenante, en ce lieu si particulier? Je sens qu’on va bien s’entendre. Vous faites quoi, ici? Et ici, c’est où?
– Nous, on va tirer une copine des griffes de méchants. Et on est devant le bunker central du Chaînon de l’Académie des Sciences, en face du pic Staline.
– Oh… regardez!
En-dessus d’eux, une avalanche s’était déclenchée. Elle faucha un paquet de personnes, mais en laissa deux, dont les airbags leur avaient permis de surnager sur l’océan blanc.
– Euh, mais c’est quoi, c’t’animal?
Radoslava observait à travers la lunette du micro fusil laser et leur décrivit la scène.
– Un énorme ptérodactyle… Il s’approche à grande vitesse des survivants. Waw! Il en gobe un et… il laisse l’autre, après l’avoir reniflé. Il repart d’un air dégoûté… Ah non, il est attiré par autre chose… Oh, non! Deux personnes. Enfin, une femme. Une grande brune. Et un singe, plutôt costaud, et assez séduisant à vrai dire. Le ptérodactyle fonce sur eux. C’est votre amie?
– Oui, je crois bien, elle…
Radoslava ferma un œil.
Une micro seconde d’extrême concentration, et le faisceau laser partit, pile sur l’oiseau préhistorique. Frappé à l’œil gauche, le rayon traversa le crâne du monstre et Radoslava le vit ressortir de l’autre côté. Le dinosaure volant chuta instantanément.
Malgré la distance, les autres avaient perçu la scène.
– Quel tir!
Radoslava sourit. Occasion rare à ne pas manquer, car elle avait un très beau sourire, quoiqu’un peu inquiétant.
– Championne de biathlon de Tchoukotka orientale pendant trois années consécutives. Sans fausse modestie. Et vous me verriez sur des skis… J’ai un peu perdu mais je m’entraîne encore quelquefois. Bon, assez discutaillé. Allons sauver vos amis. Et le rescapé.
Ils commencèrent par s’équiper. Par chance, l’abri était bien fourni en matos d’alpinisme et il y avait quelques vivres, essentiellement d’affreuses conserves huileuses de poisson. Radoslava, qui avait de petits pieds, dut compenser un peu en ajoutant du papier journal, mais au final tous furent parés en un temps record et commencèrent l’ascension. Ils gagnèrent pas mal de temps en dénichant deux ski-doos à gaz en bon état, qui leur firent gagner de précieuses heures et se retrouvèrent en deux coups de cuillère à pot au camp un, après une difficile montée depuis le camp de base. Là, ils furent obligés de laisser les machines qui ne parvenaient plus à absorber la pente.
Hamid avait reçu des infos de Hannah: elle avait réussi à géolocaliser avec précision Hécube, mais ne parvenait pas à communiquer avec elle. Selon elle, le sauvetage pouvait se faire en deux ou trois jours, si Hécube et le grand singe qui l’accompagnait ne se déplaçaient pas trop.
En tout cas, il fallait faire vite. Car un froid létal allait bientôt recouvrir la montagne.