Rayon céleste
© Zeppelin LZ 4, 1908 [CC BY-SA 4.], via Wikimedia Commons
<blockquote> L’agonizzante Cosimo, nel momento in cui la fune dell’ancora gli passò vicino, spiccò un balzo di quelli che gli erano consueti nella sua gioventù, s’aggrappò alla corda, coi piedi sull’ancora e il corpo raggomitolato, e così lo vedemmo volar via, trascinato nel vento, frenando appena la corsa del pallone, e sparire verso il mare… La mongolfiera, attraversato il golfo, riuscì ad atterrare poi sull’altra riva. Appesa alla corda c’era solo l’ancora. Gli aeronauti, troppo affannati a cercar di tenere una rotta, non s’erano accorti di nulla.
— Italo Calvino, Il Barone Rampante </blockquote>
Le rayon frappa quasi simultanément tous les Mao, et tous les Albertosaurus, n’en laissant que quelques cendres.
– Mon Dieu! L’arche d’Elohim! YHWH !
– Ridicule, Nikalaï. C’est sans doute…
À ce moment, le combicom de Hamid se mit à vibrer.
– C’est le groupe d’Hannah. Oui… enfin, pas trop tôt! On a failli se faire croquer par des dinos.
– Je sais. C’est nous qui vous avons sauvés. La petite nouvelle nicaraguayenne, elle est douée! Elle est parvenue à prendre le contrôle du Пересвет, du лазерный комплекс. C’est une arme optique - vulgairement, un laser, monté sur un satellite militaire russe placé en orbite basse. Le modèle russe, à la différence du LaWS américain (l’ancêtre, qui datait de l’époque où les Etats-Unis étaient encore une puissance militaire) est bien visible à l’œil nu, et rouge vermillon. Pas mal, non? En plus, j’ai laissé de fausses traces qui feront croire aux Chinois que c’est les Russes qui ont fait le coup, ils devraient vous laisser tranquille un moment avant de deviner l’astuce… S’ils y arrivent!
– Génial, tu veux dire… Et quelle est la suite du programme?
– Levez la tête. Vous verrez.
Au-dessus de nos amis, un dirigeable s’approchait à une majestueuse allure.
– On dirait…
– Et oui: il y a une ancre. Non: une grappe d’ancres!
– Euh mais Hannah c’est un gag?
– Pas du tout: vous allez tout simplement vous amarrer, ensuite les camarades du Яézo vont vous haler jusqu’au dirigeable. C’est une copie d’un vieux Zeppelin, je suis sûre que vous serez sensibles à son charme suranné, surtout Shlom.
– J’en ai ma claque que vous me fassiez passer pour un vieux dinosaure. D’ailleurs, on en a tous marre des dinosaures.
– De ce côté, j’ai de bonnes nouvelles. Qualité chinoise: ils semblent sensibles à un virus, un pollen ou à la pollution, en tout cas ils semblent se porter très mal. Ils ne vont sans doute pas faire long feu. Bon, allez, préparez-vous!
Kong fut le plus rapide. Il attrapa Hécube, un filin. Et grimpa avec facilité le long du câble. Les autres s’agrippèrent tant bien que mal et furent hissés. Arrivés à la cabine, ils croisèrent le regard inquiet du pilote, qui était coiffé d’un ridicule шлемофон1).
– Mais… Combien êtes-vous?
– Ben… six, vous voyez bien, euh…
– Youri. Six! Je croyais que vous seriez trois. On est clairement en surnombre, va falloir pédaler.
– Pédaler?
– Pédaler, oui. Il faut ajouter un peu de force motrice pour compenser la surcharge. Allez, les gars, on a deux vélos génératrices, on s’installe, du nerf, et on pédale!
Shlom et Hamid posèrent leurs fesses sur les petits vélos, d’inconfortables structures intégralement en plastique qui faisaient vraiment cheapos.
– Bon diou! Quelle misère! Ce monde, c’est pédaler, toujours pédaler. Et la selle, un supplice!
– On voit bien que tu n’as pas de fesses africaines. Ramolli d’occidental.
– Hamid, si tu continues, tu vas voir si je suis un ramolli en krav-maga. Je te rappelle que j’ai été médaillé en…
– On cause un peu moins et on pédale, les gars!
– Attends Youri, là, on change de ton. Je ne sais pas pour toi Shlom, mais moi je me sens un peu galérien dans un Asterixov et Obelixov. Il manque juste le gros black baraqué tapant sur un tambour, pour donner le rythme.
– Je n’ai ni grand black balèze ni tambour - d’ailleurs, il faudrait plutôt une caisse claire pour un rythme rapide.
– Attends, camarade, tu n’es pas membre du Яézo ou bien?
– Oui camarade, comme toi je suis membre du Яézo, là.
– Et tu me parles sur ce ton?
– Je te parle sur le ton que je veux. C’est mon dirigeable. Enfin, celui du mouvement bien sûr, mais c’est moi qui le dirige, qui le connait, quasiment au sens biblique du terme.
Les filles s’esclaffèrent.
– Cela ne t’empêche pas de nous respecter.
– Si tu entends par respect ces bullshiteries de “politiquement correct” qui masquent la réalité des inégalités sociales, alors non, je ne te respecte pas. Je ne vais pas dire “vous” respecte pas car je ne sais pas pour les autres.
– Rah le gars on dirait presque un putain de soviet.
– Mais je le suis, soviétique.
– Ne jouons pas sur les mots, d’ailleurs, si tu t’engages dans cette voie fourvoyée, je dirais que tu n’es pas soviétique, mais Soviétique. Pire: Bolchévique.
– Oh mon gars, fais gaffe à ce que tu dis.
– On dirait un petit combat de coqs, vous êtes ridicules les gars, là.
– Ah bon, et pourquoi, Hécube? Aurais-tu l’amabilité de bien vouloir préciser ta pensée?
– Pour moi, c’est simple, être membre du Яézo, c’est croire en un monde où “égalité, fraternité et solidarité” signifie: “égalité, fraternité et solidarité”.
– Alors ça c’est bien dit.
– Radoslava, on t’a pas sonnée. D’ailleurs, si tu es aussi sportive que tu le prétends, tu pourrais nous remplacer, non?
– Attends là Hamid, c’est toi qui t’es proposé, certes un peu “vieille France”, pour pédaler, non, et…
– Et quoi? Je suis black donc idéalement prédisposé à ce boulot de galérien? Quant à la France, au risque de vouloir mettre en doute tes capacités intellectuelles, je te rappelle que le Rwanda a été occupé par les Belges, pardon, était la propriété personnelle de Léopold, roi des Belges, qui y monnayait des paniers entiers de mains coupées à de prétendues “fortes têtes”. Pas joli joli tout ça pour une candidate aspirante au Яézo…
– Mon gars c’est moi qui t’arrête tout de suite: je ne suis candidate à rien du tout moi, j’ai juste de la sympathie pour votre cause, enfin, là, je commence à me poser des questions, si vous êtes aussi machos…
– Machos, nous! Enfin Radoslava, là tu délires…! Nous…
– Je n’ai rien contre vos discussions politiques, Vassilia, mais ce qui est sûr, c’est qu’il va falloir s’y mettre avec un peu plus de cœur: regardez.
Et Youri désigna le moniteur.
On voyait clairement un dirigeable, plus massif que celui des fugitifs, qui se rapprochait, certes pas à grande vitesse, mais qui se rapprochait quand même.
– C’est quoi ça?, demande Shlom.
– Quoi, la question n’est pas là. Qui, et surtout avec quelles intentions, là est la question.
– Des amis, ce serait possible, Youri?
– Je ne pense pas Vassilia, non… Ça sent mauvais… Selon leur armement, ils seront bientôt à portée de tir. Tiens: qu’est-ce que je disais!
On vit une petite explosion, et la fumée d’une fusée qui se rapprochait.
– Missile à tribord!, cria Youri, et il braqua la barre à bâbord toute, abaissant aussi un deuxième levier.
Le dirigeable plongea littéralement en bas et à gauche, au point que tout les passagers qui n’étaient pas accrochés à un guidon ou à un gouvernail chutèrent. Le missile frôla la grande baudruche et explosa, dans un magnifique feu d’artifice.
– Ô la belle rouge!
– Nikalaï, vous êtes décidément stupide.
– Hannah, qu’est-ce que tu fous, sors-nous de là avec ton rayon magique!
Mais le combicom d’Hannah restait désespérément muet: la communication était à nouveau coupée.
– Les gars, enfilez les paraglide. S’ils ont d’autres fusées, on est mal, là.
À ce moment précis, un rayon rouge tomba du ciel et frappa le dirigeable poursuivant, le perforant de part en part. La structure explosa dans un grand “boum!”.
– Ouille! Cela doit faire mal.
– Les tarés. Gonflés à l’hydrogène. Certainement des Russes, y’a qu’eux pour être assez bêtes pour oser encore l’hydro.
– Des Soviétiques. Enfin, des Bolchéviques, je veux dire, des compatriotes, Youri, tu veux dire?
– Hécube cesse de l’asticoter. On est tous frères là.
– Radoslava je croyais que tu avais juste de la sympathie pour notre mouvement, pas que tu voulais l’embrasser. Enfin, à part peut-être certains membres du mouvement.
– Pourrais-tu préciser ton propos, là?
– On a bien vu comme tu asticotais, pour ne pas dire astiquais Hamid, tout à l’heure. Or, je le connais bien, très bien je dirais même, et je sais bien quand il plaît à une femme.
– Cesse de déconner ma belle. Je ne vois pas trop avec son physique et sa gueule à quelle femme il ne plairait pas, Hamid, d’ailleurs tu n’es pas mal carrossée, toi aussi.
– Et c’est reparti… Pff, souffla Goulotsy, qui se tenait coi depuis un sacré moment.
Tous s’arrêtèrent et le regardèrent.
Le premier à hurler de rire fut Youri, bientôt imité par les autres, y compris le traître de service.
Après tout, ils n’avaient pas tort de croire en l’humanité.
Ce qu’ils ignoraient, c’est qu’un ptérodactyle géant les poursuivait. C’était la sœur de Gérard, prénommée stupidement Georgette, qui criait vengeance. Son adn artificiel se décomposant à vue d’œil, elle n’était plus que l’ombre d’elle-même, sorte de monstre zombie leur fondant dessus.
Zombie, mais avec quand même une envergure d’une dizaine de mètres, près d’une tonne d’os, de muscles, de griffes et de becs acérés, tout cela en piqué à une vitesse de plusieurs dizaines de kilomètres-heures.
C’est quoi déjà la formule de l’énergie cinétique? Ah oui: masse fois vitesse au carré. Ajouter encore l’énergie potentielle liée à la différence d’altitude, et le tranchant du tout.
Et tout cela se rapprochait, se rapprochait.
Impact.
Boum?
Pas “Boum”!
Mais “Psshhhitt”!